Figure emblématique du mouvement israélien pour la paix, le député Yossi Beilin ne siégera plus sur les bancs de la Knesset au lendemain des élections législatives anticipées fixées au 10 février prochain. A la surprise générale, le député âgé de 60ans a en effet annoncé son départ de la vie politique pour se lancer dans le monde des affaires.

Journaliste au quotidien Davar, député travailliste en 1988 puis vice-ministre et ministre, Yossi Beilin s'est fait connaître à partir de 1992. Alors vice-ministre des Affaires étrangères et adjoint de Shimon Peres, il prônait plus de souplesse israélienne dans les négociations secrètes que menaient l'Etat hébreu avec l'OLP. Des pourparlers qui devaient déboucher sur les Accords de paix d'Oslo en septembre 1993.

Vilipendé par la droite et l'extrême droite qui l'accusaient de «traîtrise» ainsi que de «collaboration avec le terroriste Yasser Arafat», Yossi Beilin est devenu ministre de la Justice dans le cabinet d'Ehoud Barak avant de prendre de la distance. Puis de quitter le Parti travailliste au début des années 2000.

Soutenu par 2000 fidèles affiliés à son groupe de réflexion, il a alors rallié le Meretz, une petite formation progressiste dont il a ensuite pris la présidence pendant deux ans. C'est également durant cette période qu'il a négocié en secret avec ses partenaires palestiniens la fameuse «Initiative de Genève» censée paver la voie à un accord de paix entre les deux parties.

Brillant intellectuel, Yossi Beilin a souvent été accusé de «ne pas avoir les pieds sur terre». En tout cas, les Israéliens les plus défavorisés que son parti était censé défendre l'ont rarement vu sur le terrain puisqu'il a passé une grande partie de son mandat de président du Meretz à promouvoir le dialogue avec les Palestiniens à l'occasion de colloques organisés à l'étranger. Sans le vouloir, il s'est créé de nombreux ennemis au sein de son propre parti et il s'est coupé davantage d'une opinion israélienne peu sensible à son discours.

Prêcher dans le désert

«Pourtant, la plupart des idées défendues depuis quinze ans par Yossi Beilin sont aujourd'hui considérées comme allant de soi, estime le chroniqueur politique Raviv Drucker. Mais l'homme souffre de ne pas avoir réussi à mener la carrière de premier plan qu'il souhaitait. Il a souvent l'impression de prêcher dans le désert et il en a marre des sarcasmes. Cela explique sans doute pourquoi il veut tenter l'aventure ailleurs.»