M. Hatoyama a été élu par 327 des 480 députés japonais et 119 autres ont voté pour Masatoshi Wakabayashi, le candidat du Parti Libéral-Démocrate (PLD, droite), relégué dans l’opposition. Le Sénat a ensuite confirmé que le président du Parti Démocrate du Japon (PDJ, centre gauche) devenait chef du gouvernement, par un vote similaire.

Souriant, le nouveau Premier ministre s’est profondément incliné devant les parlementaires sous un tonnerre d’applaudissements.

Vainqueur des récentes élections législatives, le PDJ a promis de conduire une politique «en faveur de la vie des gens», en redistribuant une partie du revenu national aux familles, chômeurs et retraités. Le parti espère ainsi redonner confiance aux Japonais pour les pousser à consommer, afin de relancer la machine économique, et leur donner envie d’avoir des enfants, dans un pays en crise démographique. Afin de financer ce programme, il prévoit de tailler dans les coûteux travaux publics, de rationaliser et décentraliser la puissante administration nippone.

M. Hatoyama veut par ailleurs affermir la diplomatie japonaise, prendre davantage d’indépendance vis-à-vis de l’allié américain et se rapprocher des pays asiatiques, Chine en tête.

Le nouveau dirigeant du pays est, comme ses trois prédécesseurs, un descendant direct de Premier ministre puisque son grand-père Ichiro Hatoyama a été chef du gouvernement (1954-1956).

Il devait s’installer immédiatement dans la résidence officielle du Premier ministre, avant d’annoncer la composition de son équipe, déjà largement révélée dans la presse, et de prêter serment devant l’Empereur.

Hirohisa Fujii, un ancien haut fonctionnaire de 77 ans, sera ministre des Finances, un poste clé dans l’ambitieux programme budgétaire du PDJ.

M. Hatoyama va confier les Affaires étrangères à Katsuya Okada, l’actuel numéro deux du PDJ. Une figure de l’aile gauche du parti, Naoto Kan, va hériter du nouveau Bureau de la stratégie d’Etat, un rouage essentiel dans le projet du parti de redonner aux élus le rôle dirigeant souvent tenu par la bureaucratie.

Akira Nagatsuma, un député qui avait mis au jour un gigantesque scandale de dossiers de retraite disparus en 2007, dirigera le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales. Il devrait orchestrer la création d’un salaire minimum national, l’augmentation des allocations chômage et l’interdiction de l’intérim dans les usines promis pendant la campagne.

Deux chefs de mouvements alliés du PDJ, le Parti Social-Démocrate (gauche) et le Nouveau Parti du Peuple (NPP, droite), vont aussi intégrer le gouvernement.

Le dirigeant du NPP Shizuka Kamei pourrait faire des étincelles aux Services financiers, où il sera chargé de stopper le processus de privatisation des services postaux, un legs de l’ancien Premier ministre libéral Junichiro Koizumi (2001-2006) auquel il s’était vigoureusement opposé.

«C’est le début d’une nouvelle ère», a déclaré à l’AFP Hidekazu Kawai, professeur de sciences politiques à l’université Gakushuin. «Mais cela ne veut pas dire que le public est euphorique, car les électeurs étaient surtout mécontents du PLD. Ils vont observer avec attention si le PDJ peut réaliser son programme».

Taro Aso avait démissionné dans la matinée de ses fonctions de Premier ministre et de président du PLD. Le principal parti d’opposition élira son nouveau chef le 28 septembre.