Dimanche, les électeurs corses se prononcent sur un référendum qui devrait aboutir à la création d'une nouvelle architecture des institutions territoriales. Un référendum dont l'adoption n'est pas assurée. A deux jours de cette échéance, dans laquelle il a engagé toute son énergie et toute son influence, Nicolas Sarkozy, le ministre de l'Intérieur qui en est le maître d'œuvre, a pu annoncer une nouvelle spectaculaire. Yvan Colonna, l'homme le plus recherché de France, insaisissable depuis sa fuite le 23 mai 1999, assassin présumé du préfet Erignac abattu à Ajaccio le 6 février 1998, a été arrêté vendredi vers 19 h dans une bergerie en Corse-du-Sud par les policiers du RAID (recherche, assistance, intervention, dissuasion).

Yvan Colonna, né en 1960, est un militant nationaliste radical. Il était le grand absent du procès des autres participants présumés à l'assassinat, qui se déroule en ce moment à Paris. Cette arrestation va-t-elle modifier l'issue du référendum de dimanche? Elle tombe bien au moment où les partisans du «non» accusent le ministre de l'Intérieur d'avoir pactisé avec les nationalistes.

Quel est l'enjeu institutionnel du référendum? L'île est aujourd'hui divisée en deux départements (la Haute-Corse dont la préfecture est Bastia, et la Corse-du-Sud dont la préfecture est Ajaccio). Elle dispose d'une assemblée territoriale élue pour l'ensemble des deux départements. Le référendum prévoit la suppression de l'échelon départemental et la naissance d'une collectivité territoriale unique regroupant les pouvoirs de l'ancienne assemblée territoriale et des conseils généraux des départements. Cette collectivité territoriale sera représentée par une assemblée élue à la proportionnelle respectant la parité hommes-femmes, et un exécutif. Le siège de celle collectivité sera établi à Ajaccio.

Pour préserver les relations de proximité, c'est-à-dire gérer les aides sociales, l'aide aux communes et l'entretien des routes, deux conseils territoriaux seront élus l'un pour la Haute-Corse, l'autre pour la Corse-du-Sud. L'autorité de l'Etat sera assurée par un préfet installé à Ajaccio. Il sera assisté par un autre préfet installé à Bastia. Cette volonté de préserver les relations de proximité est aussi une manière de préserver les susceptibilités de la Haute-Corse et de Bastia, où l'on craint que la balance des pouvoirs penche du côté d'Ajaccio.

Double pari

Le gouvernement fait un double pari: premièrement, pacifier la vie politique de la Corse et intégrer les nationalistes au jeu normal des institutions; deuxièmement, tester la nouvelle législation sur la décentralisation, qui accorde de nouveaux pouvoirs aux collectivités territoriales. Il se trouve confronté à l'incertitude et à la confusion. Incertitude sur le résultat du vote, puisque les sondages montrent que plus on s'approche de l'échéance plus le camp du «non» se renforce (on en serait aujourd'hui à 51% de «oui» pour 49% de «non», alors qu'il reste beaucoup d'indécis). Confusion parce que les enjeux politiques réels semblent contradictoires par rapport à la question posée.

Les nationalistes ont pris résolument parti pour le «oui». Jean-Guy Talamoni, chef de file de Corsica nazione, considère qu'il s'agit d'une «timide avancée» vers l'indépendance et que le système électoral à la proportionnelle permettra aux nationalistes d'avoir plus d'élus. Jacques Chirac a apporté un soutien tardif au gouvernement en répondant la semaine dernière aux questions du journal Corse-Matin. Il a déclaré: «Cette consultation est une chance pour la Corse. Et je m'adresse aux Corses pour qu'ils la saisissent. C'est la meilleur manière d'affirmer votre attachement à la France et à la République.»

A gauche, le Parti socialiste a pris position pour le référendum, qu'il considère comme la suite logique de la politique engagée par Lionel Jospin en 1999 avec le processus de Matignon. Mais sur le terrain, plusieurs élus de gauche mènent campagne pour le «non». Dans un éditorial au vitriol du Nouvel Observateur, Jacques Julliard résume les objections des réfractaires à cette réforme: «Si j'étais corse, écrit-il, je dirais non au référendum bidon du 6 juillet. Mais non, surtout, au chantage, à la violence, au racisme, à l'enfermement insulaire et aux combines politiciennes.» Il condamne «un cadeau aux nationalistes» et une concession à leur crainte du «référendum qu'ils ne veulent à aucun prix, celui qui porterait sur l'objet même de leur combat, c'est-à-dire l'indépendance. Car le résultat est connu d'avance».