Migration

Zachée, 14 ans, qui a traversé la Méditerranée et s’est noyé en Franche-Comté

Un adolescent camerounais a péri dans un lac de Haute-Saône. Un an auparavant, il avait accosté en Italie dans un zodiac après un long voyage en mer. Témoignage de ceux à Besançon qui étaient devenus sa nouvelle famille

Une maison sur les rives du Doubs, à Besançon, avec vue sur la citadelle. Frédéric Aubry vient de planter une azalée dans son jardin. Il a choisi cet arbuste «parce qu’il y a la lettre z dans ce nom, z comme Zachée». Zachée, 14 ans, un migrant camerounais, a vécu là quatre mois, d’avril à juillet. C’est le collectif Solmiré (Solidarité Migrants Réfugiés) qui l’a placé chez Frédéric, en attendant que sa situation soit régularisée et qu’une famille d’accueil soit trouvée. «Il fallait surtout le sortir de la rue», argue Noëlle Ledeur, une militante de Solmiré. Le 24 juillet dernier, Zachée est mort par noyade sur la base de loisirs du Val de Bonnal en Haute-Saône, à 40 km de Besançon. Il était en colonie de vacances avec une association proposant à des jeunes en réinsertion, des migrants mais aussi des ados de la couronne parisienne, de voir autre chose, de faire du bateau, pratiquer des sports collectifs, avoir accès à des activités culturelles. «Zachée avait choisi l’option théâtre», se souvient Jany Vidal, autre militante de Solmiré, qui l’avait emmené en voiture à Bonnal.

Zachée, qui en juillet 2018 a traversé la Méditerranée dans un Zodiac avec 140 autres migrants, a péri un an plus tard dans un lac de Franche-Comté. Terrible sort. Une information judiciaire contre X «pour homicide involontaire et non assistance à personne en danger» a été ouverte par le procureur de la République de Vesoul, Emmanuel Dupic, car la baignade était surveillée et les secours n’auraient été appelés que trois heures après la déclaration de disparition de l’adolescent. «On était allés une fois à la piscine avec lui et ma fille, comme beaucoup d’Africains il ne savait pas nager mais il semblait à l’aise dans l’eau», confie Jany Vidal.