«Le gouvernement slovène a décidé hier (jeudi) de proposer à la commission parlementaire (slovène) des Affaires étrangères et européennes que la Slovénie lève son blocage aux négociations d’adhésion de la Croatie à l’Union européenne», ont annoncé le Premier ministre slovène Borut Pahor et son homologue croate Jadranka Kosor dans un communiqué commun.

La présidence semestrielle suédoise de l’UE s’est réjouie de l’annonce. En l’Afrique du sud, où l’UE tient son sommet bilatéral avec ce pays, le Premier ministre Fredrik Reinfeldt a déclaré que l’accord allait «permettre de débloquer des chapitres pour la Croatie» ajoutant que l’UE était «prête à avancer dans les négociations d’adhésion».

Depuis décembre 2008, Ljubljana bloquait l’ouverture de tout nouveau chapitre de négociation sur les 35 qui jalonnent le processus d’adhésion de la Croatie à l’UE, estimant que Zagreb avait transmis à Bruxelles des documents préjugeant de la délimitation de leur frontière commune.

Les deux ex-républiques yougoslaves s’opposent depuis leur indépendance en 1991 sur le tracé de leur frontière terrestre et maritime dans le golfe de Piran sur l’Adriatique.

Au cœur du problème, la Slovénie, membre de l’UE depuis 2004 et disposant d’une étroite bande côtière (environ 45 km coincés entre l’Italie et la Croatie), veut absolument garantir son accès aux eaux internationales.

En échange de la levée du veto, les Croates ont répondu aux attentes de leur voisin. Zagreb a informé les instances européennes par fax ce vendredi que les documents et actions adoptés par la Croatie après 1991 «ne pouvaient avoir de valeur légale quant à la détermination de la frontière commune entre la Croatie et la Slovénie», comme l’a indiqué Mme Kosor.

Ce nouveau consensus vient après des mois de zizanie et d’inflexibilité sur la manière de résoudre ce conflit. Ljubljana voulait une médiation européenne tandis que Zagreb réclamait un arbitrage international.

Une commission d’experts autour du prix Nobel de la paix finlandais Martti Ahtisaari n’a pas fait consensus et les propositions du commissaire européen à l’Elargissement Olli Rehn, acceptées par Zagreb et amendées par Ljubljana, n’avaient pas permis d’accord avant l’été.

Avec le retard accumulé, les perspectives d’une adhésion croate en 2011 s’amenuisaient.

Mais avec le déblocage annoncé par M. Pahor les choses pourraient aller très vite. Dès validation de la décision du gouvernement par le parlement slovène, où sa coalition de centre-gauche détient la majorité absolue, «le gouvernement (slovène) appellera à la tenue de la conférence UE-Croatie aussi vite que possible en même temps que les négociations sur le différend frontalier». Zagreb espère que ce sommet, reporté à plusieurs reprises, aura lieu «d’ici fin septembre» selon Mme Kosor.

Les discussions vont reprendre «là où elles ont été interrompues en juin», a assuré la cheffe du gouvernement croate. A l’époque, la proposition d’Olli Rehn d’un tribunal ad hoc pour régler le litige convenait aux Slovènes tandis que les Croates la considéraient comme une première étape avant d’aller devant la Cour de justice internationale de La Haye.