L’analyse d’Olivier Guillard, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques.

- Le Temps: Nawaz Sharif est-il le grand gagnant de cette affaire, ou est-ce Asif Ali Zardari le grand perdant? - Olivier Guillard: Nawaz Sharif avait fait de cette question des juges sont cheval de bataille et apparaît donc fidèle à ses revendications. Zardari, lui, craignait que le magistrat réintégré ne lui cause des soucis judiciaires ou constitutionnels, en remettant en cause l’amnistie que lui avait accordée Musharraf pour ses délits de corruption. Il a, en outre, eu recours ces derniers jours aux méthodes qu’il dénonçait sous Musharraf: arrestations d’opposants, interdiction de réunions... Il aura fallu la pression conjuguée de la rue, des Etats-Unis, de Londres et de l’armée pour qu’il honore simplement une promesse. Sa crédibilité est largement écornée par cette crise. Sharif, lui, a atteint son objectif sans recourir à la violence. Et il était déjà l’homme le plus populaire du pays avant le déclenchement de l’affaire.

- Peut-on, pour autant, évoquer la fin de la crise? - La concorde nationale ne reviendra pas immédiatement. Nawaz Sharif veut regagner le pouvoir le plus rapidement possible et fera tout pour y parvenir. La crise n’est pas terminée, mais l’armée veille au franchissement de la ligne rouge.

- Le président Zardari peut-il, dans ces conditions, se maintenir au pouvoir? - Il a perdu sur le dossier des juges mais hormis cela, son bilan après une année au pouvoir, n’est pas catastrophique; il a rapproché Islamabad de Kaboul et des avancées ont été faites avec l’Inde. Le dénouement pacifique de cette crise amène un répit au Pakistan, jusqu’à la prochaine phase de tension qui pourra se déclencher à n’importe quelle occasion. Quant à savoir si le président de la Cour suprême invalidera l’élection de Zardari, il se peut qu’il y ait eu des tractations ces derniers jours et que le chef de l’Etat ait accepté de réintégrer le juge contre la promesse qu’il ne rouvrira pas le dossier trop vite.