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Fils d’un prince jordanien et d’une Suédoise,  Zeid Ra’ad Al Hussein  n’épargne personne.
© SALVATORE DI NOLFI/Keystone via AP

Droits de l'homme

Zeid Ra'ad Al Hussein, le départ annoncé d'un juste

Le haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme a annoncé cette semaine qu'il n'allait pas convoiter un second mandat. Occupant un poste extrêmement exposé, il souhaite garder son indépendance dans une ère où les droits de l'homme sont attaqués. Mais sa voix va manquer

Quelques mois avant de quitter son poste de haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Louise Arbour avait pris soin d’avertir ses collaborateurs qu’elle n’allait pas convoiter un second mandat. Cette semaine, Zeid Ra’ad Al Hussein, prince jordanien ayant renoncé à son titre pour mieux exercer sa fonction, en a fait de même. Mais comme la Canadienne, il le précise: ce n’est pas une démission. C’est un refus de ramper devant des grandes puissances prêtent à remettre dans le rang ce héraut des droits humains.

Des principes et aucun compromis

Mardi matin, peu après un petit-déjeuner avec des diplomates où il avait la mine sombre, le haut responsable onusien a écrit un courriel à son personnel: «Si je devais faire cela dans le contexte géopolitique actuel, il s’agirait de supplier un genou à terre, de diminuer l’indépendance et l’intégrité de ma voix.» A Genève, beaucoup voient dans sa décision un acte de «dignité» de la part d’un homme aux convictions fortes et aux principes chevillés au corps qu’il n’est pas près de sacrifier sur l’autel de la Realpolitik.

Bien que le mandat de Zeid Ra’ad Al Hussein, 53 ans, n’expire qu’en septembre 2018, Stephen Rapp ne tarit pas d’éloge à son égard. Pour cet ancien ambassadeur de l’administration de Barack Obama pour les crimes de guerre, le départ du Jordanien sera «une sérieuse perte pour la communauté internationale et pour la cause des droits de l’homme. Il ne s’est pas contenté de dénoncer les violations des droits de l’homme, il a aussi agi pour promouvoir activement la lutte contre l’impunité, qui elle-même nourrit de nouveaux crimes.»

Personne n’est épargné

Fils d’un prince jordanien et d’une Suédoise, ayant mené des études au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, Zeid Ra’ad Al Hussein est un paradoxe. A l’heure où les grandes puissances s’appliquent à saper la portée des droits de l’homme, il hausse le ton. Sans gêne, sans calcul politique. Libre, il n’épargne personne.

Il fustige l’attitude de la Russie de Vladimir Poutine en Syrie, suscitant l’ire du défunt ambassadeur russe à New York Vitaly Chourkin qui déclarait un jour: «Le prince Zeid dépasse parfois les limites […]. Il a critiqué de nombreux chefs d’État. Il devrait se contenter de gérer ses dossiers. C’est déjà pas mal.» Le haut-commissaire n’a pas ménagé l’administration américaine de Donald Trump, ses prises de position par rapport au décret anti-musulman, aux manifestations raciales de Charlottesville ou sa volonté de réintroduire la torture.

Même son pays

A leur surprise, les Européens n’ont pas échappé aux réprobations du responsable onusien au moment de la crise migratoire provoquée par le conflit en Syrie. Zeid Ra’ad Al Hussein a dénoncé l’entrée de l’extrême droite dans le gouvernement autrichien, la considérant comme un «développement dangereux». Mais aussi les autocrates issus de sa région d’origine, le Moyen-Orient. Exemple suprême de son indépendance: en mars dernier, il a vertement critiqué la Jordanie pour avoir accueilli sur son territoire le président soudanais Omar el-Béchir alors qu’il fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI). Le haut-commissaire déclarait alors: «En agissant ainsi, (la Jordanie) trahit la CPI et affaiblit la lutte globale contre l’impunité.»

Aucun des prédécesseurs de Zeid Ra’ad Al Hussein n’a officié pendant deux mandats complets. Mais si le futur départ du Jordanien secoue la Genève internationale, c’est parce que les droits humains n’ont jamais été autant sous attaque et qu’il est l’un de leurs plus fervents défenseurs.

«Les progrès gigantesques qui ont été réalisés grâce à la mise en œuvre progressive des principes énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme sont de plus en plus oubliés ou volontairement ignorés», constate-t-il, dépité. A New York, explique Louis Charbonneau de Human Rights Watch, «les Chinois et les Russes s’activent à éviter toute expansion du Haut-Commissariat au sein de la cinquième Commission. Et dans leur entreprise, l’administration Trump les aide.»

Coupes et blocages

La Maison-Blanche envisagerait des coupes linéaires de 25% dans le budget régulier de l’ONU. En raison de ces blocages, le haut-commissaire n’est pas parvenu à ce jour à concrétiser sa réforme dénommée «Regional Restructuring» visant à décentraliser certaines activités pour renforcer des bureaux régionaux.
Au Haut-Commissariat, installé dans le Palais Wilson, le Jordanien a fait en sorte que la poursuite pénale des graves violations des droits de l’homme soit intensifiée. La justice pénale fait partie de son ADN.

A Rome, à la fin des années 1990, il a joué un rôle majeur pour préserver les standards des Conventions de Genève dans le statut de la CPI, résistant aux très fortes pressions américaines. «Le haut-commissaire a aussi poussé à la création de trois mécanismes d’enquête en Birmanie (Rohingyas), dans le Kasaï en République démocratique du Congo et au Yémen», explique John Fisher, directeur du bureau genevois de Human Rights Watch. «Il a fortement soutenu la création du Mécanisme international, impartial et indépendant sur les pires crimes commis en Syrie. Une preuve de son attachement à la justice pénale», renchérit Stephen Rapp.

Zeid Ra’ad Al Hussein sera difficile à remplacer. «La responsabilité incombe désormais au secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres de trouver une personnalité du même calibre, franche, courageuse, n’ayant pas peur d’affronter les puissants», poursuit John Fisher. A Genève, on avance déjà des noms dont l’ambassadrice du Botswana à Genève Athaliah Molokomme, voire l’ex-présidente chilienne Michelle Bachelet.

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