Le jour était à peine levé, mardi matin, quand la police et l’armée du Honduras ont commencé à déloger les partisans de Manuel Zelaya, rassemblés devant l’ambassade du Brésil. «Nous n’avons pas tiré de coups de feu», assurait peu après une porte-parole du gouvernement établi. Autour du bâtiment, où les flammes d’une voiture de police incendiée amplifiaient la clarté naissante, certains des milliers de manifestants en fuite dénonçaient des tirs de balles de caoutchouc.

Derrière les fenêtres de la mission diplomatique privée d’eau et d’électricité, le président renversé, arrivé la veille en catimini, ne pouvait que constater l’échec initial de son opération de retour. Renversé et expulsé par l’armée le 28 juin dernier, le président, dont le mandat s’achève en janvier 2010, avait été aussitôt remplacé par le président du parlement, le conservateur Roberto Micheletti. Accusé d’avoir cherché sa réélection via un appel, jugé illégal, à une assemblée constituante, «Mel» Zelaya est depuis poursuivi par le nouveau pouvoir et cherche désespérément à retrouver son poste.

Deux premières tentatives de retour au pays, par avion et par terre, avaient buté sur la mobilisation des forces de l’ordre. Cette fois-ci, l’ex-dirigeant de centre droit, converti au socialisme par les largesses pétrolières du président vénézuélien Hugo Chavez, aurait «vaincu mille obstacles»: parti en avion du Salvador dimanche soir, il aurait ensuite «traversé rivières et montagnes» et trompé les barrages dans le coffre d’une voiture, sur un tracteur…

Son arrivée surprise à Tegucigalpa, où les diplomates brésiliens disent l’avoir reçu «en tant que président légitime», a éveillé lundi soir une flammèche d’espoir de solution. «Il serait opportun de lui rendre son poste […] et de restaurer l’ordre constitutionnel», a avancé la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton. Dès la chute de Manuel Zelaya, l’Organisation des Etats américains avait condamné le putsch, et les sanctions s’accumulaient depuis sur le petit pays: de l’expulsion de l’OEA au gel de crédits internationaux.

Vaine médiation

Mais l’isolement n’a jamais fait fléchir le nouveau pouvoir, appuyé par une coalition d’élites politiques et économiques. La médiation tentée par le président du Costa Rica, Oscar Arias, a achoppé sur un refus intangible de voir Manuel Zelaya reprendre son fauteuil. Les manifestations des Honduriens favorables aux programmes sociaux de «Mel» ne l’ont pas davantage ému. Les médias hostiles ont été entravés «en censurant ou en envoyant la troupe», selon Reporters sans frontières, et plusieurs personnes seraient mortes dans des affrontements. Lundi soir, à l’annonce du retour de son adversaire, Roberto Micheletti a instauré un couvre-feu de seize heures, fermé les aéroports internationaux et bloqué les entrées de la capitale.

Hier à midi, la tension montait autour de l’ambassade du Brésil, où des rumeurs faisaient état de l’irruption de la police spéciale dans les bâtiments proches. Mais les autorités ont démenti toute intention de prendre l’ambassade. Toutefois, la révélation par la presse du possible recrutement d’ex-paramilitaires colombiens attisait l’inquiétude des pro-Zelaya.

Roberto Micheletti, inflexible, signait quant à lui une tribune dans le Washington Post pour avertir que l’élection présidentielle «libre, ouverte et transparente» se tiendrait comme prévu le 29 novembre, et qu’il transmettrait le pouvoir en janvier. Le texte était signé, simplement, du «président du Honduras».