Afrique

Zimbabwe, au cœur d’un pays en crise

En 2009, le pays a supprimé sa monnaie pour juguler l’hyperinflation. Malgré cela, les prix sont repartis à la hausse et le nombre de Zimbabwéens vivant dans la pauvreté ne cesse d’augmenter

Lovemore (nom d’emprunt), 27 ans, travaille comme creuseur dans une mine d’or dans la périphérie d’Harare. Habillé d’un jeans délavé à la mode, il profite d’un jour de repos pour passer du temps avec sa mère et ses deux enfants. A Epworth, le quartier populaire d’Harare où il vit depuis 1990 dans une cabane en tôle de deux pièces avec ses trois frères, le moindre espace de terre libre est cultivé. Un signe de la pauvreté. Selon la Banque mondiale, 72% des 17 millions de Zimbabwéens vivaient dans la pauvreté et 20% dans l’extrême pauvreté en 2011 (dernier chiffre disponible).

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Des briques sont entassées devant lui. «Depuis 1990, je voudrais construire une maison, mais je suis le seul à avoir un emploi.» Comme 90% des Zimbabwéens, ses frères se «débrouillent», faute d’avoir un emploi salarié, dans un pays où il ne reste pratiquement pas d’industrie. Sa mère a étendu un drap sous un arbre, où elle garde des enfants du voisinage.

«La vie est devenue très dure»

Le Zimbabwe a longtemps été un pays modèle en Afrique pour son système d’éducation (86% des adultes sont alphabétisés, contre 64% en moyenne en Afrique) et de santé. «Avant, on payait juste la consultation à l’hôpital et les médicaments étaient gratuits. Maintenant, c’est fini. Si on est malade, on va voir les gens qui prient, car ils ne nous demandent rien. La vie est devenue très dure. Certains parents ne parviennent même plus à payer les frais de scolarité.» Lovemore gagne un petit salaire d’environ 100 dollars par mois, trois fois moins qu’un policier. «Si je veux retirer cet argent à la banque, je ne reçois que 70 dollars. Et encore, c’est très difficile d’obtenir des billets, à cause de la pénurie.»

Les gens ont perdu plus de la moitié de leurs économies en banque. C’est très dur pour ceux qui dépendent d’une pension ou d’un salaire fixe, car les prix sont en train de s’envoler.

En 2009, le Zimbabwe a supprimé sa monnaie pour juguler une hyperinflation de 231 millions de pour cent. Le dollar américain est devenu la monnaie d’échange et les prix se sont stabilisés. Mais le pays endetté de quelque 9 milliards de dollars a fait un véritable hold-up, en remplaçant les comptes bancaires des épargnants par des bonds (obligations), qui n’ont cours qu’au Zimbabwe. Résultat: les importateurs ne peuvent plus payer leurs fournisseurs et les exportateurs ne peuvent plus percevoir les paiements reçus en devises. Même les billets en bonds sont devenus rares. Les retraits en liquide sont limités à 20 bonds par semaine et les queues sont longues devant les banques.

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La valeur des billets et des cartes Visa libellés en bonds, à parité égale avec le dollar, a fortement chuté ces deniers mois. «Les gens ont perdu plus de la moitié de leurs économies en banque, explique Charles Van Loon, un agent immobilier à la retraite. C’est très dur pour ceux qui dépendent d’une pension ou d’un salaire fixe, car les prix sont en train de s’envoler.» Ainsi le kilo de pommes est passé de 2,80 dollars la semaine dernière à 4 dollars dimanche, dans un supermarché de la ville. Un litre de lait se vend 1,60 dollar américain. Ceux qui le peuvent paient des «runners», qui vont faire les achats en Afrique du Sud, moyennant une commission de 20 à 30%.

Marché noir

Un florissant marché noir est en train de se développer. L’armée a ainsi trouvé 10 millions de dollars cachés dans la maison du ministre des Finances, lors de son arrestation, mardi. «Le bond sur le marché noir a été dévalué de 40% à la vente et de 80% à l’achat, explique Nigel, un Zimbabwéen blanc, barbu et au visage buriné qui vit de trafics monétaires. Ce que je fais est illégal, mais pas immoral!» Comme personne ne veut accepter de paiement important en bonds, il est devenu impossible d’acheter une voiture et une maison au Zimbabwe. La situation est devenue intenable pour les opérateurs économiques et la plupart des habitants, qui n’ont pas de compte à l’étranger.

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«Cette fois, les autorités n’ont plus l’option d’abandonner la monnaie locale pour mettre fin à l’envolée des prix, notait l’agence de notation Fitch, le 13 novembre. Nous pensons que seules des réformes économiques et politiques peuvent mettre fin à cette spirale.» Le message semble avoir été entendu.

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