Editorial

Zimbabwe: deux poids, deux mesures

Les pays occidentaux seraient plus crédibles s'ils condamnaient les putschistes zimbabwéen, comme ils vilipendaient le dictateur Mugabe

Au Zimbabwe, l’heure de la retraite a sonné pour Robert Mugabe, assigné à résidence par sa propre armée. A 93 ans, le président a dépassé la date de péremption depuis des lustres. Même s'il s'accroche encore, la démission formelle du plus vieux chef de l’Etat au monde ne serait plus qu’une question de temps. Cette fin de règne aura illustré l’un des pires maux de l’Afrique: la propension de ses dirigeants à s’accrocher au pouvoir.

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Régime caricatural

Les Zimbabwéens ne s’y sont pas trompés. Ils ont plutôt accueilli avec soulagement le coup d’Etat médical. On se l’imagine, tant ils sont les premières victimes de ce régime devenu une caricature de lui-même. La verve anti-colonialiste et l’aura du père de l’indépendance zimbabwéenne ne suffisaient plus à masquer la misère et la répression des voix discordantes.

Les réactions internationales à l’intervention des militaires sont beaucoup moins défendables. Les pays occidentaux, en particulier, ne manquaient pas une occasion de faire des leçons de démocratie au Zimbabwe. A raison. Ils honnissaient ce régime, qui le leur rendait bien. Aujourd’hui, ils appellent à la prudence et à la retenue, mais ils se gardent bien de condamner le coup de force des militaires zimbabwéens. C'est un encouragement tacite aux putschistes, au Zimbabwe, en Afrique ou ailleurs dans le monde. Les discours à géométrie variable sont un très mauvais service rendu à la cause de la démocratie et des droits de l'Homme.

De piètres perspectives?

Finalement, seule l’Union africaine a dénoncé sans ambiguïté les événements au Zimbabwe. Ce n'est pas une surprise. Les chefs d'Etat du continent, élus ou non, se serrent les coudes. Mais l'Union africaine serait plus crédible si elle s’élevait aussi contre la fâcheuse tendance d'une partie de ses membres à se cramponner à leur trône.

Rien ne dit que la mise à l’écart de Robert Mugabe amorce une réelle alternance démocratique. Elle a définitivement écarté une succession dynastique, en ruinant l’ambition dévorante de Grace Mugabe, l’épouse du président. Mais la situation risque de profiter aux caciques du régime, associés depuis des décennies au vieux.

Une hirondelle, surtout en treillis, ne fait pas le printemps. Sans pression extérieure, le coup d’Etat n’annoncera pas de lendemains qui chantent. L’armée est rarement la meilleure ambassadrice de la démocratie et des libertés. La moindre des choses, si la communauté internationale se soucie vraiment du sort des Zimbabwéens, serait d’avoir la même exigence démocratique à l’égard des nouveaux maîtres d’Harare que pour Robert Mugabe.

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