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Au Zimbabwe, l’armée prend le pouvoir sans le renverser

Après l’éviction du vice-président du pays lundi, un bras de fer sans précédent s’est engagé entre le président et le chef de l’armée. Une rumeur de tentative de coup d’Etat a circulé dans la nuit

L’armée a pris le pouvoir au Zimbabwe aux premières heures de mercredi. Elle a dit viser les «criminels» dans l’entourage de Robert Mugabe, tout en assurant que le président de 93 ans, au pouvoir depuis trente-sept ans, et sa famille étaient «sains et saufs».

Des soldats ainsi que des véhicules blindés bloquent les voies d’accès aux principaux ministères, au parlement et aux tribunaux dans le centre de Harare, la capitale du pays, tandis que ceux qui doivent travailler dans les environs arrivent par taxi, a constaté un journaliste de Reuters.

«Pas un coup d’Etat»

«Ce n’est pas un coup d’Etat militaire contre le gouvernement», a précisé le général Sibusiso Moyo devant les caméras. «Nous assurons à la nation que Son Excellence le président […] et sa famille sont sains et saufs et que leur sécurité est garantie.»

«Nous visons uniquement des criminels de son entourage [Mugabe], qui commettent des crimes à l’origine de souffrances économiques et sociales dans le pays, dans le but de les traduire en justice», a encore déclaré le général Moyo, chef d’état-major logistique, lors d’une allocution télévisée. «Dès que nous aurons accompli notre mission, nous pensons que la situation reviendra à la normalité», a-t-il ajouté.

Malgré ce message, l’ambassade des Etats-Unis au Zimbabwe a recommandé mercredi à ses ressortissants de rester chez eux en raison des «incertitudes politiques» créées dans le pays.

Le sort de Robert Mugabe et de son épouse Grace, 52 ans, candidate à la succession de son mari à la présidence, reste inconnu.

Un limogeage contesté

Ce mouvement de troupes intervient après les déclarations inédites lundi du chef de l’armée, le général Constantine Chiwenga, qui a dénoncé la décision du président Robert Mugabe de limoger le vice-président du pays, Emmerson Mnangagwa.

L’armée pourrait «intervenir» si cette «purge» ne cessait pas au sein du parti présidentiel, a-t-il mis en garde devant la presse. Le parti du chef de l’Etat, la Zanu-PF, a en retour accusé mardi le général de «conduite relevant de la trahison» et de vouloir «encourager au soulèvement».

Lire aussi: La très embarrassante Grace Mugabe, épouse du président zimbabwéen

L’ancien vice-président Emmerson Mnangagwa, 75 ans, a été humilié et démis de ses fonctions et a fui le pays, après un bras de fer avec la première dame, Grace Mugabe, 52 ans. Figure controversée connue pour ses accès de colère, elle compte de nombreux opposants au sein du parti et du gouvernement. Avec ce limogeage, Grace Mugabe se retrouve en position idéale pour succéder à son époux.

«Une nouvelle étape alarmante dans la course à la succession»

A la tête depuis trente-sept ans d’un régime autoritaire et répressif, Mugabe a été investi par la Zanu-PF pour la présidentielle de 2018, malgré son grand âge et sa santé fragile. Sous son régime, le Zimbabwe s’est considérablement appauvri et traverse une grave crise économique.

La sortie publique lundi du général Chiwenga, 61 ans, contre le gouvernement est inédite. «Il est très rare de voir des chars dans les rues», a commenté pour l’AFP l’analyste Derek Matyszak, de l’Institut pour les études de sécurité de Pretoria. «Chiwenga a défié Mugabe […] il est clair que nous observons ici quelque chose de nouveau.»

Le général Chiwenga et Emmerson Mnangagwa, qui entretient des liens étroits avec l’appareil sécuritaire du pays, ont tous deux été des figures majeures de la lutte pour l’indépendance du Zimbabwe, aux côtés de Robert Mugabe.

L’opposition se distancie

Avant même les événements de la nuit, le principal parti d’opposition zimbabwéen, le Mouvement pour le changement démocratique, s’était clairement positionné par avance contre toute prise du pouvoir par des militaires.

«Il n’est pas souhaitable que l’armée prenne le pouvoir. Cela donnera un coup d’arrêt à la démocratie, et ce n’est pas sain pour le pays», a déclaré un haut responsable du parti, Gift Chimanikire. Cette crise «marque une nouvelle étape alarmante dans la course à la succession» de Mugabe, a relevé l’analyste politique Alex Magaisa.

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