union européenne

«La zone euro ne laissera jamais tomber la Grèce»

Un accord a finalement été trouvé tard dans la nuit à Bruxelles. Les pays de la zone euro entérinent la constitution d’un filet de sécurité pour empêcher que la crise grecque ne dégénère

L’accord sur un mécanisme d’aide financière à la Grèce sur lequel étaient tombés d’accord jeudi après-midi le président Nicolas Sarkozy et la chancelière Angela Merkel a finalement été entériné jeudi, tard dans la soirée, par les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro. «La zone euro prend son destin en main et s’est mise d’accord pour gérer les crises [en son sein]» s’est réjoui peu après le président français. Même Jean-Claude Trichet, le responsable de la BCE opposé à tout soutien, s’est dit «très heureux» d’un plan «préservant la responsabilité des pays de la zone». «Ce mécanisme ne se substitue pas à la discipline financière, c’est un filet de sécurité», a précisé plus tard dans la nuit José Manuel Barroso, président de la Commission européenne.

Filet de sécurité

Les seize pays sont ainsi «prêts à contribuer à des prêts bilatéraux coordonnés» dans le cas extrême où «le financement de marché» deviendrait «insuffisant» pour la Grèce. «Insuffisant en quantité – si ses emprunts ne sont pas souscrits – ou en qualité – en cas de taux extravagants [imposés par les marchés]» a détaillé Nicolas Sarkozy. Selon Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, cette solution de prêts bilatéraux avait été privilégiée dès le 15 mars lors de la réunion des ministres des Finances européens. Aucun montant n’a été précisé sur les aides qui pourraient être débloquées «afin de ne pas donner une cible que les spéculateurs pourraient attaquer» estime un diplomate. Des estimations avaient fait état hier d’une enveloppe atteignant 25 milliards d’euros.

Banque centrale européenne et Commission européenne auront la charge d’activer cette aide, qui n’est pour l’instant pas débloquée, «Athènes n’ayant demandé aucune aide financière» note l’accord. Les déboursements de ces prêts d’urgence seront décidés par les Etats membres de la zone euro «à l’unanimité» précise l’accord. Hier soir, lors d’une réunion, «tous les pays membres se sont dits prêts à y participer, ils se sont également entendus sur le niveau moyen des taux de ces prêts», a précisé le Belge Herman Van Rompuy.

Des prêts «sans subventions»

Justement, qu’en est-il des taux qui seront pratiqués par les sauveurs de la Grèce? Seule précision de l’accord: ils ne contiendront «aucun élément de subvention». Et comporteront «une incitation pour retourner vers des financements de marché le plus vite possible». A titre d’exemple, les prêts fournis par la France seront supérieurs au taux auquel emprunte ce pays – 3,48% sur dix ans – et intégreront une surprime reflétant le risque de la Grèce, explique un officiel parisien. Cette sévérité n’incitera-t-elle pas Athènes à se tourner vers le FMI, dont les taux tournent autour de 3%? Non, assurent les instigateurs du mécanisme. D’une part la Grèce a donné son accord à une solution européenne. D’autre part, «l’expérience hongroise ou roumaine montre que le FMI ne vient pas seul prêter à un Etat européen», assurent-ils.

Un tiers pour le FMI?

Dans le détail, le texte qu’a adopté l’union monétaire mentionne une «implication substantielle du FMI», les financements européens restant cependant «majoritaires». Aux yeux du président français «on a discuté [avec l’Allemagne] d’une répartition deux tiers [les Européens] et un tiers [le FMI], mais cela peut s’ajuster». Le FMI a-t-il donc finalement été accepté par la France, longtemps opposée à son intervention? Selon un conseiller français, cette opposition n’était «pas idéologique – tous les pays européens appartenant au Fonds – mais la priorité restait de trouver une solution européenne».

«Dissuasion nucléaire»

Le président Sarkozy a rappelé que «cet accord, bien qu’opérationnel, est de nature préventive et que le but n’est pas de s’en servir». L’un de ses conseillers le comparaît à la «dissuasion nucléaire». De son côté, Herman von Rompuy a dit espérer que «cette mesure rassure tous les détenteurs de titres grecs: la zone euro ne laissera jamais tomber la Grèce».

Reste à savoir si le prochain pays qui pourrait utiliser cette aide ne serait pas le Portugal, dont la situation semble empirer aux yeux des agences de notation. A en croire Herman van Rompuy, les situations des deux pays restent «tout à fait différentes». Le problème grec «n’aurait pas été le même s’il n’y avait pas eu ces fraudes statistiques qui ont mis à terre la crédibilité [du pays]» a expliqué l’artisan belge de l’accord entérine cette nuit.

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