La préparation du sommet européen des 28 et 29 juin à Bruxelles ne sera pas une tragédie grecque. Avec la victoire dimanche du grand parti conservateur Nouvelle Démocratie, crédité de 30,4% des voix et 130 députés sur 300 au sein du parlement monocaméral – grâce au bonus de 50 sièges accordé au vainqueur – la Grèce a finalement refusé le choc frontal avec Bruxelles et le scénario à très haut risque d’un éventuel abandon de la monnaie unique. Antonis Samaras, leader de la Nouvelle Démocratie, a promis tout au long de sa campagne de poursuivre sur la voie des réformes structurelles négociées avec l’UE en échange de deux plans de sauvetage depuis mai 2010, pour un total de 340 milliards d’euros.

Le fait que la Grèce n’ait pas choisi le bras de fer avec l’UE ne signifie pas pour autant que la colère de la population hellénique soit dissipée. Avec 26% des voix et 71 sièges, la coalition de la gauche radicale Syriza, conduite par son leader charismatique Alexis Tsipras, progresse de 10 points supplémentaires par rapport aux législatives du 6 mai, à l’issue desquelles un gouvernement n’avait pas pu être formé. Désormais installé dans le rôle de la force motrice de l’opposition à l’austérité et aux coupes sociales exigées dans le cadre des réformes, Syriza va à coup sûr obliger le Pasok, le Parti socialiste traditionnel tombé à 33 sièges, à tenir compte de sa plateforme avant de rejoindre un éventuel cabinet d’union nationale auquel devrait aussi participer le parti de la gauche modérée Dimar. Autre révélateur des profondes fractures grecques, et de la dangereuse polarisation de la société: le nouveau succès électoral du parti néonazi de l’Aube dorée, avec 6,92% des voix et 18 sièges.

La question, pour l’Union européenne, est maintenant de calmer le jeu sur les différents fronts de la crise, alors que s’ouvre ce lundi au Mexique le sommet du G20. Côté grec, Bruxelles devrait pousser pour la constitution la plus rapide possible d’un gouvernement – éventuellement dirigé par un technocrate indépendant comme cela fut le cas de novembre 2011 à mai 2012 avec Lucas Papadémos – tout en ouvrant la porte à un rééchelonnement possible du plan de sauvetage financier et à une pause sociale dans ce pays assommé par les réformes. Du côté de l’euro, pour l’heure rassuré par le non-incendie grec, les ministres des Finances des dix-sept pays dotés de la monnaie unique qui se retrouvent jeudi et vendredi à Luxembourg doivent rapidement finaliser leur plan d’aide à l’Espagne, et dans la foulée offrir de réviser sur des bases analogues l’aide concédée en décembre 2010 aux banques irlandaises. Du côté des réformes structurelles attendues au sein de l’UE enfin, une première prise de température décisive, après le G20, aura lieu le 22 juin à Rome lors d’une rencontre entre François Hollande, Angela Merkel, Mario Monti et Mariano Rajoy. Le débat promet d’y être houleux entre la France et l’Allemagne: la première plaidant avant tout pour des mesures de solidarité et un plan de relance de 130 milliards d’euros, dont 55 d’ici à la fin 2012, tandis que la seconde exige une intégration budgétaire accrue, soit un approfondissement de l’Union. La posture de François Hollande, libéré maintenant de la pression des législatives françaises après la victoire historique de la majorité de gauche, sera cruciale. Le président français va-t-il tenter de profiter de l’isolement relatif de la chancelière allemande, ou va-t-il au contraire revenir vers un discours plus réaliste et un donnant-donnant entre investissements et réformes, comme pourrait l’accepter Berlin?

La pause grecque va en tout cas permettre de faire retomber les tensions qui inquiétaient tant les investisseurs internationaux. Un rebond des bourses européennes est espéré cette semaine, sur fond de discussions entre ministre des Finances sur l’autre grand dossier: celui d’une union bancaire européenne, avec supervision commune des établissements financiers et garantie commune des dépôts. Les convulsions sont assurées de se poursuivre, notamment en raison des divergences franco-allemandes, mais le séisme tant redouté venu des urnes grecques n’a pas eu lieu. Dernière occasion de décrisper le climat européen: deux des pays les plus mal en point de l’UE, le Portugal et la Grèce, ont vu ce week-end leur équipe de football se qualifier pour les quarts de finale de l’Euro de foot. Tout comme l’Allemagne…