Si vous avez raté le début

Les zones d’ombre de l’affaire DSK

L’affaire du Sofitel de New York est loin d’avoir livré tous ses secrets. Dans une enquête publiée par le magazine américain «New York Review of Books», le journaliste américain Edward Epstein soulève plusieurs zones d’ombre autour de l’arrestation de DSK à New York le 14 mai dernier. Accusé d’agression sexuelle par une femme de chambre, l’ancien directeur du FMI aurait été la victime d’un complot visant à «l’abattre publiquement»

Les termes de «complot», «espionnage» ou «piège» tendu à Dominique Strauss-Kahn reviennent dans la presse française après la parution, dimanche 27 novembre 2011, de l’article d’Edward Epstein dans le magazine New York Review of Books intitulé «Qu’est-il réellement arrivé à Dominique Strauss-Kahn?». L’enquête du journaliste américain revient de manière chronologique sur le déroulement de ce fameux samedi 14 mai, date à laquelle Dominique Strauss-Kahn a été arrêté à New York. Et relève des zones d’ombre dans l’affaire. Selon lui, l’ancien patron du FMI était surveillé et écouté. «Je n’ai pas dit que c’était un complot politique, mais je dirais que des gens ont voulu trouver des preuves d’un mauvais comportement de sa part, de façon à faire capoter sa candidature (à la présidentielle), voire son poste au FMI», déclare-t-il dans Le Figaro. Edward Epstein sème le doute, mais n’apporte pas de véritable conclusion à l’affaire. Le journaliste affirme notamment que les caméras de surveillance du Sofitel de New York montraient le 14 mai deux employés de l’hôtel se tapant dans les mains et entamant une «danse de joie» de trois minutes, quelques instants seulement après que la police est informée des accusations de viol et d’agression sexuelle de Nafissatou Diallo contre Dominique Strauss-Kahn. Les poursuites pénales contre DSK ont été abandonnées le 23 août 2011 à New York, le procureur de Manhattan ayant des doutes sur la crédibilité de Nafissatou Diallo. Quant à la plainte civile déposée par l’ex-femme de chambre du Sofitel, elle suit son cours. Une première audience prévue le 29 novembre à New York a été reportée. Le tribunal n’a donné aucune précision sur la raison de cette décision, mais l’avocat de DSK, William Taylor, a précisé qu’il avait demandé ce report en raison d’un conflit d’agenda. En France, la plainte civile de la journaliste Tristane Banon contre DSK pour tentative de viol en 2003 a été classée sans suite au mois d’octobre 2011. Le parquet de Paris a estimé que le délit était prescrit. Alors que l’on pensait l’affaire close, le nom de Dominique Strauss-Kahn est désormais cité depuis la mi-novembre dans l’affaire du Carlton de Lille, mêlant proxénétisme de luxe et abus de biens sociaux.

Dans son enquête, Edward Epstein récapitule à la minute près la journée du samedi 14 mai 2011, jour de l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn. Cette analyse chronologique des événements soulève plusieurs zones d’ombre. L’affaire du Sofitel de New York n’aurait pas révélé tous ses secrets. ■ Un BlackBerry évaporé DSK utilisait plusieurs téléphones portables, dont un crypté mis à disposition par le FMI. Selon un proche de l’ancien ministre, Dominique Strauss-Kahn se savait écouté et s’en inquiétait depuis son intention de se lancer dans la course à la présidentielle française. Pour Edward Epstein, cette crainte se concrétise le samedi 14 mai. Le journaliste rapporte que DSK aurait reçu un message dans la matinée d’une de ses amies – qui «travaillait temporairement comme chercheuse dans les bureaux parisiens de l’UMP» – pour le prévenir qu’un e-mail privé envoyé à sa femme Anne Sinclair circulait dans les bureaux du parti. A 10h07, DSK appelle Anne Sinclair pour lui signaler «un problème grave» et lui demande d’alerter Stéphane Fouks, son conseiller en communication, pour faire examiner le téléphone. A ce sujet Jean-François Copé, patron de l’UMP, a dénoncé ces «rumeurs» dimanche 27 novembre. Le BlackBerry en question est le téléphone que l’ancien patron du FMI cherche tous azimuts après avoir quitté sa fille, Camille, à l’issue d’un rapide déjeuner et pour lequel DSK, en route pour l’aéroport JFK, avait rappelé l’hôtel, croyant l’avoir oublié dans sa chambre. Or, écrit Edward Epstein, le téléphone a disparu. Le message d’alerte envoyée par l’amie de l’UMP aussi. Le BlackBerry n’aurait jamais été retrouvé. Selon les données de géolocalisation, l’appareil est resté au Sofitel et a été désactivé à 12h51, soit 23 minutes après que DSK a réglé sa note. Le téléphone contenait-il des informations embarrassantes? Du 11 au 13 mai, soit à la veille de sa venue à New York, le directeur du FMI recevait à Washington le groupe des «Lillois» du Carlton pour des parties de jambes en l’air. Des amis libertins qui étaient au cœur d’une enquête judiciaire pour laquelle des écoutes «tournaient» depuis février 2011. ■ La «danse de célébration» Il est 13h33. Les caméras de surveillance du Sofitel enregistrent, selon Edward Epstein, une «extraordinaire danse de célébration» exécutée par deux hommes chargés de la sécurité de l’hôtel. Ils se tapent dans les mains et se font un «high five». Une heure auparavant, Nafissatou Diallo, la femme de chambre, a confié «son agression» à sa supérieure. Cette scène de liesse qui dure trois minutes – «huit secondes», selon le Sofitel – se produit deux minutes après l’appel du chef de la sécurité du Sofitel à la police de New York. Interrogés, les deux employés ont réfuté un quelconque lien entre ces accolades et DSK. ■ Les étranges allées et venues de Nafissatou Diallo Edward Epstein s’appuie finalement sur les données des cartes magnétiques du Sofitel, connues depuis juillet, et s’interroge aussi sur les allées et venues de Nafissatou Diallo dans la matinée du 14 mai au 28e étage de l’hôtel, notamment entre la suite 2806 où aurait eu lieu la tentative de viol et la chambre 2820 dont l’identité de l’occupant est toujours protégée «pour des raisons de confidentialité». Le Sofitel indique que ce résident mystère a procédé au règlement de sa chambre à 11h36 et que la femme de ménage «a fait le ménage de cette chambre immédiatement après». ■ Dans Le Temps Face aux Français, DSK avoue «une faute morale» Dominique Strauss-Kahn a fait acte de contrition, dans un exercice de communication télévisuelle bien orchestré ■ «Des dégâts d’image trop lourds» pour DSK Comment le Parti socialiste a-t-il vécu l’affaire DSK? Deux journalistes français livrent leur récit de ce séisme politique et du choc des cultures entre l’Hexagone et New York.
■ Les poursuites pénales contre DSK ont été abandonnées le 23 août 2011 à New York, le procureur de Manhattan ayant des doutes sur la crédibilité de Nafissatou Diallo. Quant à la plainte civile déposée par l’ex-femme de chambre du Sofitel, elle suit son cours. Une première audience prévue le 29 novembre à New York a été reportée. Le tribunal n’a donné aucune précision sur la raison de cette décision, mais l’avocat de DSK, William Taylor, a précisé qu’il avait demandé ce report en raison d’un conflit d’agenda. Par ailleurs, les avocats de Nafissatou Diallo se sont dits «intéressés» par le témoignage de la journaliste Tristane Banon, dont la plainte civile en France contre Dominique Strauss-Kahn a été classée sans suite au mois d’octobre 2011. Sans vouloir dévoiler leur stratégie, ils déclarent le 29 novembre vouloir réunir de nombreuses pièces au dossier. L’objectif étant «bien de convaincre des femmes qui auraient été confrontées à l’usage de la force ou de la contrainte par DSK d’apporter leur concours à la procédure», a expliqué Me Douglas Wigdor. L’avocat de la femme de chambre du Sofitel était en visite en France pour préparer la procédure civile contre DSK entamée par Nafissatou Diallo le 8 août pour obtenir des dommages et intérêts. ■ Sur les conseils de son avocat Me David Koubbi à ne pas engager une nouvelle procédure contre DSK, la journaliste Tristane Banon a annoncé, le 19 octobre sur Canal+, renoncer à se constituer partie civile contre l’ex-patron du FMI, après le classement sans suite de sa plainte. Un revirement de situation puisque Tristane Banon et Me David Koubbi espéraient jusque-là un procès aux assises.
■ Du 11 au 13 mai, soit à la veille de sa venue à New York, le directeur du FMI recevait à Washington le groupe des «Lillois» du Carlton – le commissaire Lagarde, l’entrepreneur Fabrice Paszkowski et le patron de BTP David Roquet – pour des parties de jambes en l’air. Des amis libertins qui étaient au cœur d’une enquête judiciaire pour laquelle des écoutes «tournaient» depuis février 2011. Lors de ce voyage, le groupe avait pris soin de calquer son emploi du temps sur celui de DSK. Il lui soumettait la liste des «filles». Dominique Strauss-Kahn validait. Au lendemain de l’arrestation de DSK, Dominique Alderweireld, alias «Dodo la Saumure» – dont le téléphone portable est écouté par la police belge – s’entretient au téléphone sur «l’accident» du Sofitel avec René Kojfer, son ami de l’hôtel Carlton de Lille. Les deux hommes connaissent bien DSK. Ils fréquentaient les mêmes «filles» que le trio revenu de Washington. Depuis, Dominique Strauss-Kahn fait la une de l’actualité malgré lui. Son nom est désormais cité dans l’affaire du Carlton de Lille. Me Leclerc, l’avocat de DSK, a par ailleurs demandé à ce que son client soit entendu dans ce dossier, tout en dénonçant «un lynchage médiatique». Le couple DSK-Anne Sinclair a porté plainte contre plusieurs titres de presse pour leur couverture «outrancière» de l’affaire Carlton. Une autre plainte vise Henri Guiano, un proche de Nicolas Sarkozy qui, s’exprimant à la télévision, avait estimé que l’affaire du Sofitel n’était pas un «problème de vie privée». ■ Dans Le Temps Le coup de grâce pour Dominique Strauss-Kahn Dominique Strauss-Kahn serait lié à l’affaire du Carlton, mêlant proxénétisme de luxe et abus de biens sociaux. Des soirées coquines, auxquelles l’ancien patron du FMI aurait participé à Paris et à Washington, auraient été financées par deux chefs d’entreprise. Les avocats de DSK demandent que celui-ci soit entendu par la justice
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