Afrique du Sud

Zuma sommé de démissionner rapidement

Le président sud-africain, dont le mandat expire en 2019, devrait répondre aujourd’hui à son parti, l’ANC, qui lui a officiellement demandé de partir

«Zuma must go!» (Zuma doit partir). Personne n’aurait imaginé, il y a encore deux mois, que les 80 membres du comité national de direction (NEC) de l’ANC adopteraient le slogan des manifestations anti-Zuma depuis deux ans. Après treize heures de palabres intenses, le NEC a ordonné au président sud-africain de présenter sa démission, sans fixer de délai. «C’est urgent», a juste dit le secrétaire général du parti.

Visiblement affligé, Ace Magashule a expliqué qu’il avait rendu visite lundi soir au chef de l’Etat, qui n’était pas présent au NEC. «Il veut rester aux commandes jusqu’au Sommet des BRICS à Johannesburg, en juillet. Il a dit que le NEC n’avait pas le droit de le démettre et qu’il fallait lui donner plus de temps. Au travail, on a droit à un préavis. Mais pas en politique. Le parti a décidé qu’il devait céder maintenant le pouvoir à Cyril Ramaphosa» (le vice-président sud-africain qui succédera à Zuma dès que ce dernier aura donné sa démission).

Vaste réseau de corruption et de pillage des ressources publiques

Elu à la tête de l’ANC en décembre avec seulement 51% des voix, Cyril Ramaphosa a dû user de tous ses talents de négociateur pour rallier le soutien des alliés du chef de l’Etat. Beaucoup d’entre eux ont bénéficié du vaste réseau de corruption et de pillage des ressources publiques, mis en place par les frères Gupta, des hommes d’affaires liés au chef de l’Etat.

«Zuma n’a jamais été condamné et n’a rien fait de mal, a lancé Ace Magashule pendant la conférence de presse. Même si on n’est pas d’accord avec la décision du NEC, on doit s’y rallier. Il faut ramener la sérénité, l’unité du pays et la croissance.» Le communiqué de la direction du parti ajoute toutefois qu’il était aussi essentiel de «restaurer l’intégrité des institutions publiques». Selon une source bien informée, «de nombreux fidèles de Zuma ont retourné leur veste. Le camp Ramaphosa a obtenu un très large soutien au NEC.»

Le président Zuma donnera sa réponse aujourd’hui, selon Ace Magashule. En 2008, le chef de l’Etat, Thabo Mbeki, avait déjà démissionné à la demande du NEC. Mais Zuma est plus coriace. Pourtant, comme le président zimbabwéen Robert Mugabe en novembre dernier, il pourrait préférer capituler que de risquer d’être renversé par le parlement. Un vote de défiance est programmé pour le 22 février, à la demande de l’opposition. Il suffit d’une majorité simple de 201 voix pour forcer Zuma et son gouvernement à la démission.

«Il ne faut pas traiter le chef de l’Etat comme un rebelle»

Mais l’ANC ne souhaite pas s’associer avec l’opposition, qui risquerait d’en retirer une partie du bénéfice politique, surtout si les 249 députés de l’ANC sont divisés. «C’est un problème, a reconnu le secrétaire général du parti. Le NEC devra se réunir à nouveau pour envisager une solution.»

Une procédure de destitution, à la majorité des deux tiers (267 voix), est également envisageable. Mais son mécanisme n’a pas encore été adopté par le parlement, qui s’est fait tancer par la Cour constitutionnelle en décembre. De plus, Zuma se verrait privé de tous ses droits en tant qu’ancien président. «Nous sommes ouverts à de nouvelles discussions. Il ne faut pas traiter le chef de l’Etat comme un rebelle, a plaidé Ace Magashule. Il a contribué à la lutte contre l’apartheid et il n’est pas nécessaire de l’humilier.»

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