La journée de mercredi aurait difficilement pu commencer plus mal. Avant même l'ouverture des marchés, le plongeon spectaculaire de 9,38% enregistré par l'indice Nikkei, la pire chute de la bourse de Tokyo depuis le fameux «lundi noir» de 1987, avait déjà miné le terrain pour l'ensemble des places financières européennes. En milieu de matinée, l'indice SMI de la bourse suisse cédait ainsi plus de 6,6%, frôlant de peu la barre des 6000 points, un seuil qu'il n'a plus atteint depuis 2005. Partout ailleurs en Europe, les pertes oscillaient entre 6 et 8%. A Londres, l'indice Footsie-100 a même reculé jusqu'à près de 8% en matinée malgré l'annonce par le gouvernement britannique d'un plan de sauvetage d'une somme record de 500 milliards de livres pour venir à la rescousse de son secteur financier aux abois. Anticipée, l'intervention conjointe de Downing Street et de la Banque d'Angleterre n'a toutefois pas suffi à ramener la confiance sur les marchés.

Un répit n'a eu lieu qu'après l'annonce simultanée en début d'après-midi d'une baisse des taux directeurs par six banques centrales, dont la Banque nationale suisse (BNS). La Banque centrale européenne (BCE) a ramené son taux de référence de 4,25% à 3,75%, la Réserve fédérale américaine a abaissé ce taux de 2% à 1,5%, alors que la Banque d'Angleterre a réduit son loyer de l'argent d'un demi-point à 4,5%. Les banques centrales de Suède, du Canada ont aussi été de la partie. Au final, seule la Banque du Japon, dont le taux directeur atteint seulement 0,5%, est restée à l'écart de cette action.

La Banque nationale suisse a, elle, abaissé d'un quart de point la marge de fluctuation du Libor à trois mois entre 2 et 3%, soit une valeur cible de 2,5%. Depuis septembre 2007, la bande de fluctuation de la BNS se situait entre 2,25 et 3,25%, soit une médiane de 2,75%. Ces derniers jours, le niveau du Libor se situait toutefois à près de 3%, ce qui fait que la baisse effective correspond à un recul de taux d'environ un demi-point. La banque centrale justifie cette intervention par la perspective d'un ralentissement et le recul des pressions inflationnistes. «Le système bancaire a désespérément besoin de liquidités. Le moment est donc très bien choisi par la BNS pour baisser le taux du Libor. Il y a une importante probabilité de forte récession aux Etats-Unis. La Suisse, tributaire de ses exportations, sera indiscutablement touchée», juge Thomas von Ungern, professeur d'économie à HEC Lausanne. Pas plus tard que la semaine dernière, l'institut KOF avait ramené sa prévision de croissance de l'économie suisse à seulement 0,3% pour 2009.

Le plan spectaculaire du gouvernement britannique et l'action concertée menée par sept banques centrales n'ont pas réussi à ramener le calme sur les marchés. Après une ouverture à la hausse à New York, les indices actions ont rapidement piqué à nouveau du nez hier après-midi.

Tout reste à faire pour rétablir un secteur bancaire complètement déstabilisé. Malgré les injections régulières de liquidités par les banques centrales, les opérations de prêts interbancaires ne fonctionnent toujours qu'au compte-gouttes. En Suisse, certains établissements comme la Banque cantonale de Zurich ou la filiale suisse de HSBC peinent à absorber les liquidités qui leur sont proposées. D'autres ont des difficultés à se refinancer.

Jeudi, le Fonds monétaire international (FMI) estimait que les grandes banques mondiales auront encore besoin de lever quelque 675 milliards de dollars de nouveaux capitaux au cours des prochaines années pour se relever de la crise actuelle.

Dans tous les cas, une accalmie n'était pas vraiment perceptible hier. Aux Etats-Unis, l'indice VIX, qui mesure la volatilité des titres du S&P 500, a atteint de nouveaux records. L'«indice de la peur» a grimpé à son plus haut niveau depuis dix-huit ans. En outre, l'interdiction de spéculer à la baisse sur les actions de quelque 980 sociétés financières américaines, mise en place par les autorités de surveillance de la SEC le 18 septembre dernier, arrivait à échéance mercredi. Cela n'inaugure donc rien de bon pour les actions du secteur financier en seconde partie de semaine. Dans l'immédiat, l'indice Dow Jones tenait bon en cours de journée avant de terminer la séance en subit recul de -2,02%.