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Moscou,un baptême du feu

Invitée à la rencontre des ministres des Finances du G20, la Suisse espère faire entendre sa voix. Mais rappelle que l’initiative de l’OCDE n’est pas à l’ordre du jour

Moscou, un baptême du feu

Longtemps tenue à l’écart de ce cénacle à la fois informel et central de la gouvernance mondiale, la Suisse participera pour la première fois aux quatre réunions des ministres des Finances et des présidents de banque centrale du G20.

A l’invitation de la Russie, présidente du groupe cette année, Eveline Widmer-Schlumpf se rendra donc à Moscou vendredi et samedi pour la première réunion. Les pays invités ne disposant que d’un seul siège, la ministre des Finances fera le voyage sans le président de la Banque nationale suisse, Thomas Jordan.

C’est là que l’OCDE présentera officiellement son rapport – mandaté par le G20 – sur la planification fiscale agressive des entreprises multinationales. Une invitation à redéfinir les règles de la fiscalité internationale pour empêcher les multinationales d’échapper au fisc (lire ci-dessus). Invitée à la table des puissants, la Suisse en profitera-t-elle pour empoigner ce vaste chantier? Patience…

«Dans ce dossier, la Suisse a des éléments à faire valoir, explique l’ambassadeur Alexander Karrer, responsable de la division Affaires multilatérales au Secrétariat d’Etat aux questions financières internationales (SIF). Elle a participé aux travaux de l’OCDE et se montre très active. Mais ce thème n’est pas à l’ordre du jour de la réunion à Moscou. Nous en parlerons certainement, mais ce ne sera pas central.»

«Tout mettre à plat»

Et d’insister: le rapport de l’OCDE est un document de travail, qui doit ouvrir la voie à une discussion plus large. «Le problème n’est pas uniquement fiscal. Les multinationales ont une multitude de raisons – géographiques, infrastructurelles, politiques – de déplacer leurs activités. Nous aimerions que le problème soit abordé de manière plus générale. Il faut aboutir à un vrai level playing field, un cadre réglementaire qui soit le même pour tous. Il faut par exemple prendre en considération les avantages non fiscaux, comme les subventions, directes ou indirectes, que certains pays offrent aux entreprises. Ce n’est pas en faisant disparaître la concurrence fiscale qu’on créera de la croissance.»

En clair, pour la Suisse, le sujet est important, mais la tempérance est de mise. Pourtant, les grands Etats semblent être déterminés à s’attaquer au problème rapidement et en profondeur. La Suisse ne serait-elle pas inspirée d’anticiper et de peser sur les réformes à venir? «La Suisse n’est pas réactive dans ce domaine, promet Alexander Karrer. Encore une fois, nous participons activement aux travaux. Mais l’analyse commune n’est pas terminée. Il faut aussi garder à l’esprit que certains pays disent vouloir régler le problème alors qu’ils créent eux-mêmes des avantages spéciaux. Il est donc nécessaire de tout mettre à plat.»

Avant de s’attaquer au casse-tête de la fiscalité des multinationales, la Suisse a donc d’autres priorités à Moscou. «La Suisse entend soutenir les mesures de sortie de la crise financière, en particulier l’assainissement des finances publiques et la mise en œuvre des réformes structurelles pour relancer la croissance, écrit le SIF. Des réformes de long terme sont nécessaires, notamment pour renforcer la compétitivité. La Suisse mettra en avant le fait que la promotion de la concurrence et l’ouverture des marchés peuvent reconduire l’économie mondiale sur le chemin de la croissance. Une régulation efficace des marchés financiers est également indispensable.» Selon Alexander Karrer, en matière de finances publiques, par exemple, «nous avons 10 ans d’expérience de frein à l’endettement à faire valoir. Réussir notre entrée en matière, ce sera à la fois faire valoir nos intérêts et contribuer activement à la discussion.»

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