Italie

Le Mouvement 5 étoiles fait durer le suspense pour la formation d’une majorité

Le suspense continue en Italie: le Mouvement 5 étoiles (anti-système) s’est dit prêt jeudi à négocier pour former une nouvelle majorité, autour d’un programme en 10 points mais sans dire avec quels autres partis. Une posture qui ouvre la voie à de longues tractations

Le président italien Sergio Mattarella a accordé un nouveau délai jusqu'à mardi aux formations politiques pour trouver une majorité capable de gouverner l'Italie. «Mardi, je tiendrai de nouvelles consultations pour prendre les décisions nécessaires», a déclaré Sergio Mattarella, en soulignant que la seule possibilité était «un gouvernement qui obtienne la confiance (du parlement) sur la base d'un programme».

«Nous avons lancé toutes les discussions nécessaires pour trouver une majorité solide au service des citoyens», a déclaré Luigi di Maio, le chef du M5S. Celui-ci a été le dernier groupe politique à rencontrer le président Sergio Mattarella.

Le chef de l'Etat, seul capable de résoudre la crise déclenchée par l'explosion mardi du gouvernement formé par le M5S et la Ligue de Matteo Salvini, a accordé un nouveau délai jusqu'à mardi aux formations pour trouver une majorité. «Mardi, je tiendrai de nouvelles consultations pour prendre les décisions nécessaires», a déclaré M. Mattarella, en soulignant que la seule possibilité était «un gouvernement qui obtienne la confiance (du parlement) sur la base d'un programme».

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Toute la classe politique attendait la réponse du M5S à une proposition faite par le Parti démocrate (PD), première force de gauche, pour une nouvelle alliance de gouvernement. M. Di Maio a éludé et cherché à replacer le M5S au centre du jeu, soulignant que son mouvement est le premier parti au parlement et dispose d'une majorité relative autour de laquelle bâtir une nouvelle coalition.

«Caprices d'été»

«Les citoyens nous ont demandé en mars 2018 de changer ce pays en profondeur», a souligné M. Di Maio, avant d'égratigner, sans le nommer, son ex-partenaire de coalition Matteo Salvini. Il a critiqué «des caprices d'été» à propos de l'annonce abrupte en plein mois d'août par Salvini de la «rupture unilatérale» de leur alliance.

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Aux yeux de Di Maio, le M5S ne peut pas retourner aux urnes, car il y a «encore tant de choses à réaliser». Le chef du M5S a énuméré dix points impératifs à respecter par une nouvelle majorité, dont une partie coïncide avec l'offre d'union du PD. Il a cité en premier la réduction du nombre de parlementaires (à 600 contre 950, un record en Europe) qui attend d'être adoptée en dernière lecture au parlement. Autres revendications: «un budget équitable», avec l'instauration du salaire minimum, des aides aux familles, des baisses d'impôts pour les entreprises et un plan d'investissement pour le Sud.

Le vice-premier ministre sortant n'a pas mentionné l'Europe, alors que le PD lui a demandé «une confirmation de la vocation européenne de l'Italie», parmi cinq conditions «non négociables».

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Eviter un suicide politique

Le M5S, né du rejet de la vieille classe politique, a fondé une partie de son succès sur ses critiques envers l'Europe. Mais, pour cette formation tombée de 32% aux législatives de 2018 à environ 15-16% des intentions de vote, un scrutin anticipé serait un suicide, selon les analystes. Les tractations promettent donc d'être longues.

Avant les Cinq Etoiles, Matteo Salvini était monté au Quirinal pour réitérer sa demande d'élections immédiates. «La voie royale ne peut pas être celle de jeux de pouvoirs, de manoeuvres de palais, c'est celle des élections». L'ex-chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi, patron de Forza Italia (centre-droit), a appelé pour sa part à établir une «majorité parlementaire de centre-droit».

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Si cela s'avérait impossible, «la seule voie maîtresse serait celle des élections» où une droite rassemblant Forza Italia, La Ligue et les Frères d'Italie pourrait recueillir plus de 50% des suffrages. Le «Cavaliere» n'a pas directement évoqué la proposition de Romano Prodi - ancien président de la Commission européenne et ex-premier ministre - de former une majorité gauche-droite et pro-européenne, à la manière des «grandes coalitions» allemandes. Mais il a mis «en garde contre un exécutif qui serait le fruit d'une majorité improvisée, qui n'existerait qu'au parlement, une majorité qui ne respecterait pas la majorité des électeurs italiens».

Une femme?

La perspective d'un scrutin anticipé à l'automne n'enchante guère le président Mattarella car la troisième économie de la zone euro, endettée et dont la croissance est à l'arrêt, devrait affronter, au même moment, la délicate élaboration du budget 2020.

Si une majorité se dégage, il faudra aussi trouver une personnalité pour diriger le gouvernement. Un nom aurait les faveurs du président, celui de Marta Cartabia, une novice en politique de 56 ans, vice-présidente de la Cour constitutionnelle, au profil de médiatrice et ouvertement proeuropéenne. Ce serait une première pour l'Italie, qui n'a jamais été dirigée par une femme.

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