L'organisation a indiqué avoir évacué son personnel. "L'hôpital de MSF n'est plus en état de fonctionner. Les patients qui se trouvent dans un état critique ont été transférés vers d'autres établissements médicaux. Plus aucun employé de MSF ne travaille dans l'hôpital", a déclaré à l'AFP Kate Stegeman, porte-parole de l'ONG en Afghanistan.

"A l'heure actuelle, je ne peux pas vous dire si le centre de traumatologie de Kunduz rouvrira ou pas", a-t-elle ajouté. La fermeture du centre de soins de MSF est un coup dur pour la population civile. C'est le seul établissement capable de soigner les blessures de guerre les plus graves dans le nord-est du pays.

Bombardement qualifié d'inexcusable

M. Obama a présenté samedi ses "plus profondes condoléances" après l'attaque dans laquelle 12 employés de MSF et 7 patients ont péri. Il a dit attendre les résultats de l'enquête "avant de porter un jugement définitif sur les circonstances de cette tragédie".

Cette prudence était déjà de mise dans la bouche de la mission de l'OTAN en Afghanistan, qui compte encore 13'000 soldats, dont 10'000 Américains. L'Alliance atlantique a évoqué des "dommages collatéraux" qui pourraient avoir été engendrés par un raid américain visant des insurgés talibans. Ces derniers se battent depuis lundi contre l'armée afghane pour le contrôle de Kunduz.

Pourtant, l'ONU est vite montée au créneau, qualifiant ce bombardement d'"inexcusable". La frappe aérienne pourrait relever du "crime de guerre" si elle était jugée "délibérée par la justice", a déclaré le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'Homme Zeid Ra'ad Al Hussein.

Une colère reprise à son compte par MSF. L'ONG a exigé la "transparence la plus totale de la part des forces de la Coalition". Dans un communiqué, sa présidente Meinie Nicolai a même refusé que le terme de "dommages collatéraux" soit accolé à cette "tragédie".

La fureur des Nations Unies

La fureur des Nations unies est alimentée par le récit de MSF. Le directeur des opérations Bart Janssens a affirmé que des bombardements se sont poursuivis "pendant plus de 45 minutes" après que l'ONG a averti les armées afghane et américaine que son établissement de Kunduz avait été touché par de premiers tirs.

MSF assure avoir transmis préventivement les coordonnées GPS de son hôpital à "toutes les parties" du conflit, et "notamment à Kaboul et Washington". "Les impacts étaient très ciblés, toujours sur le même bâtiment. L'avion est parti, puis il est revenu pour redonner suite à une série d'impacts, exactement sur le même bâtiment", a expliqué le Dr Janssens.

Selon un responsable américain, l'enquête va porter sur le rôle joué par un avion américain AC-130. Cet appareil est un dérivé de l'avion de transport C-130. Il est équipé de plusieurs canons pour mener des opérations d'appui au sol.

Le général John Campbell, le chef de la mission de l'OTAN en Afghanistan et commandant des troupes américaines sur place, "envoie un général à Kunduz pour mener ces investigations", a déclaré un responsable américain.

Des patients carbonisés dans leur lit

Au moment du bombardement, 105 patients et 80 membres du personnel, des Afghans et des étrangers, étaient présents dans l'hôpital. "Les patients qui n'étaient pas en état de fuir ont été carbonisés dans leurs lits", a raconté la cheffe des programmes de MSF pour le nord de l'Afghanistan.

L'opération visait sans doute "des terroristes armés qui ont attaqué l'hôpital de MSF et l'ont utilisé en tant que base pour attaquer les forces afghanes et les civils", selon le ministère afghan de la Défense.