A Montréal, Meira (Hadas Yaron) passe des heures grises auprès d'un être trop différent: Shulem, son époux à barbe et à principes. Pendant ce temps, Félix, un poil dans la main, mène une vie marginale. Son père, avec lequel il était brouillé depuis des années, vient de mourir et il dilapide sans joie sa part d'héritage. Ces deux-là n'auraient jamais dû se rencontrer. Seulement, la jeune maman aime la musique et le dessin, activités prohibées au sein de sa rigide communauté hassidique. Et Félix se sent bien seul. Ils se rapprochent. Elle découvre la «vraie vie» (jeans, salsa, ping-pong): elle doit affronter le dilemme de l'amour et du devoir (maternel)...

Maxime Giroux (Demain, Jo pour Jonathan) s'est souvenu du Kadosh d'Amos Gitai pour Felix et Meira, sacré «Meilleur film canadien» au festival de Toronto, ce qui laisse songeur sur la qualité du cinéma canadien. Car ce drame, forcément touchant, trahit les faiblesses inhérentes à la plupart des production québecoise: le ressort narratif se détend, les scènes traînent des pieds, l'intérêt pique du nez. Le cinéaste a toutefois le mérite de ne pas céder aux facilités de la caricature: sous le poil hassidique se cache un être humain; la psychorigidité traditionnelle de Shulem n'empêche pas la sensibilité et l'empathie.

Maxime Giroux a aussi le bon goût de ne pas prôner le triomphe de l'amour vrai. Felix et Meira finissent en gondole à Venise, mais pour quelle destination? Habitué du clip, le réalisateur larde son film d'intermèdes musicaux, décalés (un clip de Wendy René) ou déconcertant (commentaires de deux danseurs latinos). Et un moment de grâce infiniment plus grand que le film: «Famous Blue Raincoat», de Leonard Cohen qui, en quelques mots, exprime la quintessence des enjeux: «Ensuite tu as offert à ma femme un flocon de ta vie»...