Incontournable à Genève, où il a siégé pendant douze ans à l’exécutif de la Ville, Manuel Tornare fait l’apprentissage d’un (certain) anonymat à Berne. Le 5 décembre, pour son premier jour de parlementaire fédéral, il s’est retrouvé face à l’écologiste Maya Graf dans l’enceinte du National, juste sous la tribune de presse. L’élue bâloise a dû scruter son badge pour savoir à qui elle avait affaire. «Si c’est difficile pour mon ego? Non, je n’ai pas l’ambition d’aller au Conseil fédéral, ironise celui qui a été maire de Genève à trois reprises. Mais je ne suis pas totalement inconnu non plus. Des parlementaires alémaniques qui ont suivi les «Genfereien» m’ont dit que j’étais le seul à en être sorti indemne.»

A Berne, Manuel Tornare renoue avec l’allemand. «Je n’ai pas de problème de compréhension, mais j’ai un blocage pour le parler. Ma mère s’est remariée à Stuttgart. J’allais souvent la voir là-bas. Mais depuis qu’elle est revenue à Genève, il y a cinq ans, je n’ai plus l’occasion de pratiquer. Pour me remettre à niveau, je suis allé six semaines à Berlin. Je fais deux heures de conversation par semaine. Cela revient peu à peu.»

Pendant la session, l’élu socialiste reste dans la capitale, une ville «plus animée que Genève en soirée». Il loue une chambre à l’Hôtel Bern où il dort et travaille. «On reçoit beaucoup de papiers. J’ai l’impression qu’ils prennent toute la place.» Il a déposé une première intervention le 6 décembre, demandant au Conseil fédéral de justifier l’abstention de la Suisse lors du vote sur l’adhésion de la Palestine à l’Unesco. Une façon de souligner son intérêt pour les relations internationales, lui qui a été un membre de l’Association des maires francophones. «Ce sont restés des amis», souligne-t-il.

Fort du réseau construit pendant ses mandats à Genève, Manuel Tornare a obtenu ce qu’il souhaitait: il siégera dans la commission de politique extérieure. Il sera remplaçant de la délégation à l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.

Satisfait de ses débuts à Berne, l’ancien maire de Genève avoue deux déceptions. «Je n’imaginais pas qu’il y aurait autant de représentants des lobbies dans la salle des pas perdus. C’est incroyable, ils devraient être confinés à l’extérieur du parlement. Je pensais aussi que les députés s’écoutaient un peu plus. Au Grand Conseil genevois, on siffle ou on applaudit les intervenants. Ici, on a l’impression de parler dans le vide. C’est comme ça. Je m’y ferai.»