votations fédérales

«Il ne peut rien rester de l’initiative populaire du PS»

Président de la Conférence des gouvernements cantonaux et grand argentiers vaudois, Pascal Broulis se réjouit de l’échec du projet socialiste

Le Temps: Le rejet de l’initiative du PS est plus net que prévu. Une surprise? Pascal Broulis: Je constate que les gens ont montré leur attachement aux valeurs suisses, à savoir le fédéralisme et la souveraineté des cantons. Ces valeurs ont primé et je m’en réjouis. Les gens ont aussi vu que, même si l’initiative ne touchait directement qu’environ 1% des contribuables, ceux-ci rapportent 35% des recettes de l’impôt fédéral direct. Et ce résultat est aussi le fait de l’engagement des cantons, qui ont bien fait comprendre la nécessité de rejeter cette initiative.

– On s’attendait à un Röstigraben. Or seuls trois cantons romands ont soutenu l’initiative. Comment l’expliquez-vous?

– On pensait que le canton de Vaud pourrait dire oui à cette initiative. Je suis évidemment satisfait que ce ne soit pas le cas et que deux autres cantons romands, Fribourg et le Valais, l’aient rejetée. Cela montre que la souveraineté fiscale est aussi reconnue en Suisse romande. Cette souveraineté est importante. Je viens de me rendre à Bruxelles, où j’ai pu constater que la diversité de notre système fiscal, qui repose sur trois niveaux, intéresse de près nos interlocuteurs européens. Une telle structure permet de limiter les risques et de garantir l’équilibre entre les recettes et les prestations qu’elles financent. Une centralisation du système ne serait pas une bonne chose.

– L’engagement personnel des ministres des Finances a-t-il joué un rôle dans le résultat des cantons qui ont soutenu l’initiative?

– Je pense en effet que l’engagement personnel de David Hiler à Genève n’a pas été sans effet.

– Avez-vous le sentiment que les gens ont eu peur que les classes moyennes soient aussi touchées?

– Oui. Je pense que les gens ont craint, à juste titre, qu’il faille adapter l’ensemble de la courbe fiscale. C’est inhérent à notre système. Les gens n’ont pas été dupes. Je ne pense en revanche pas qu’ils aient craint que l’éventuel départ de riches contribuables entraîne des hausses d’impôts pour la classe moyenne.

– Que restera-t-il de cette initiative?

– Rien. Il ne peut rien en rester. Le peuple et les cantons ont clairement dit non. Nous sommes un micro-Etat. Il faut des recettes pour financer les prestations, qu’il s’agisse de la santé, de la sécurité ou du social.

– Les forfaits fiscaux continuent cependant de faire débat.

– Oui, c’est exact, mais je peux vous assurer que nous nous battrons pour gagner aussi cette bataille-là. Vaud, Fribourg et le Valais n’ont pas soutenu l’initiative du PS qui aurait touché les cantons de Suisse centrale et orientale. J’espère qu’ils le verront et que, à leur tour, ils soutiendront notre position à propos des forfaits fiscaux.

– L’UDC Hannes Germann propose déjà de limiter la différence entre les taux d’imposition les plus bas et les plus élevés à un rapport de un à deux. Qu’en pensez-vous?

– Qu’il faut rester calme après cette votation. La fiscalité continuera toujours d’évoluer, mais il faudra d’abord analyser les résultats du vote avant de lancer de nouvelles idées.

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