Neuchâtel ne part plus à la chasse aux multinationales étrangères

Promotion Le canton veut d’abord aider les entreprises déjà implantées

La nouvelle fiscalité ne contredit pas cette stratégie «endogène»

«Couper un ruban rouge en parlant anglais, c’est bien joli! Mais cela n’est pas ce qui nous intéresse.» Vendredi, à Neuchâtel, c’est ainsi que Thierry Grosjean a illustré la réorientation de la stratégie de la promotion économique neuchâteloise. «Nous voulons d’abord inciter les entreprises qui sont déjà dans le canton à y rester et à s’y développer», a poursuivi le conseiller d’Etat chargé de l’Economie.

A l’instar du souhait exprimé en début de semaine par les autorités vaudoises, Neuchâtel donne la priorité à la promotion dite «endogène». En d’autres termes, la chasse aux multinationales a fait son temps. La page du Développement économique Suisse occidentale (DEWS), quand Francis Sermet, le responsable de la promotion économique romande, pratiquait l’exonération fiscale à large échelle, est définitivement tournée. «La période où il fallait attirer le plus grand nombre de sociétés, que ce soit des boîtes aux lettres ou des emplois peu qualifiés, est révolue», a insisté le conseiller d’Etat.

Le nouveau régime d’imposition pour les entreprises positionne pourtant Neuchâtel dans les dix régions les plus attractives d’Europe, selon KPMG. Accepté par le peuple en 2011, il prévoit une taxation du bénéfice divisée par deux, à 5%. Quant aux holdings, elles ne sont plus imposées qu’à hauteur de 0,005‰ de leur capital, contre 0,5‰ auparavant.

L’arsenal idéal pour viser les sociétés étrangères, non? «Ce n’est pas en contradiction avec notre stratégie, a rétorqué Thierry Grosjean. L’objectif est que les entreprises déjà installées gardent ou, mieux, rapatrient leur siège principal dans le canton.» Outre des rentrées fiscales supplémentaires, faire venir les grands patrons à Neuchâtel peut aussi servir à limiter leurs velléités de délocalisation de sites de production, argue-t-il encore.

L’exemple type, c’est Celgene. Le groupe de bio-pharmaceutique est arrivé il y a environ dix ans. Il employait une poignée de collaborateurs. D’ici à fin 2012, 550 personnes vont œuvrer sur son site de Boudry, où se trouve désormais son siège international (hors Etats-Unis). Et un autre terrain lui est déjà réservé dans la même commune.

Pour étayer leurs propos, les responsables cantonaux se sont appuyés sur un bilan chiffré: entre 2007 – un an après le départ de Francis Sermet – et 2011, 92% des 236 entreprises soutenues (représentant 8250 emplois) étaient des sociétés endogènes. Et le canton cible: l’horlogerie (25%), les techniques médicales (20%), les machines (15%) ou la pharma (13%) sont au cœur des processus de soutien. Le but: valoriser le savoir-faire déjà en place. «Amener un entrepreneur sur un site de production horlogère pour lui faire la promotion du canton, c’est du pain bénit», a lancé Patrick Cossetini, chef du Service de l’économie.

Depuis peu, le viseur de Neuchâtel est aussi braqué sur deux secteurs à haute valeur ajoutée qu’il aimerait bien voir fleurir: les services aux entreprises et les énergies renouvelables.

Le canton garde quand même un œil sur l’étranger, via sa participation à la promotion économique de Suisse occidentale, le Greater Geneva Bern area (GGBA). «Certains s’attardent sur le petit nombre d’implantations lié au GGBA et se plaignent. Nous pensons que cet organe sert d’abord à la promotion de la région et au maintien d’un réseau international. C’est indispensable», a défendu Patrick Cossetini.

Il a assuré que le canton adhérerait pour trois années supplémentaires au regroupement. Même si le prix, de 620 000 francs, doit être adapté, plutôt vers 400 000 francs, selon lui. Il a aussi rappelé que 3,5 millions étaient dépensés à l’époque du DEWS. Quand la chasse aux multinationales était ouverte.

La page du DEWS et de l’exonération fiscale à large échelle est définitivement tournée