« Le renversement de la monarchie et du roi Idriss qui l’incarnait depuis l’indépendance du pays officiellement proclamée le 24 décembre 1951 s’inscrit dans le lent processus de désagrégation des régimes royalistes du monde arabe. […] Pour la Libye, ce renversement marque la fin d’une époque.

Profitant de l’absence du roi qui, âgé de 79 ans, suivait depuis le 12 août une cure en Turquie, l’armée a pris le pouvoir à Tripoli, faisant du même coup de la Libye le dix-huitième Etat africain à régime militaire. La soudaineté du putsch, que rien ne laissait prévoir, a surpris l’étranger et plus particulièrement l’Organisation de l’unité africaine réunie en session ministérielle à Addis-Abeba. On pensait en effet généralement que de profondes modifications interviendraient dans les structures et l’organisation du pays à la mort d’Idriss, mais on n’imaginait pas que celles-ci se produiraient de manière si brutale et surtout si rapide. Les officiers qui en ont pris l’initiative ont voulu accélérer le cours des choses et la situation au Moyen-Orient, qui se dégrade de jour en jour, n’est sans doute pas étrangère à ce coup d’accélérateur. […]

Devenu le troisième producteur de pétrole du monde avec 197 millions de tonnes par an, la Libye avait offert de vastes concessions à une dizaine de sociétés américaines, britanniques et françaises dont les royalties lui permettaient certes d’avoir le revenu per capita le plus élevé d’Afrique, mais qui donnaient à l’opposition, non structurée, puisque les partis n’existaient pas, mais constituée en fait d’étudiants et de jeunes officiers, des arguments pour lutter contre l’orientation du régime.

Perpétré au nom «de la liberté, du socialisme et de l’unité», le coup d’Etat qui vient de se produire est encore difficilement définissable dans ses motivations exactes et dans ses conséquences futures, […] dans l’atmosphère de pourrissement de la situation au Moyen-Orient où la population et les armées arabes acceptent de moins en moins l’état de fait de l’occupation israélienne. […] »