Chaque jour du mardi au vendredi, «Le Temps» publie un extrait des archives du «Journal de Genève» qui entre en résonance avec un fait d’actualité contemporain.

« Les bons dirigeants d’entreprise n’hésitent pas à marteler […] devant leur personnel les vérités qu’ils estiment fondamentales. C’est du moins ce que prétendent […] les manuels de management.

Et c’est apparemment de ce type d’attitude que s’inspire ce dirigeant très particulier qu’est le pape Jean Paul II, en publiant hier sa onzième et probablement dernière encyclique, «L’Evangile de la vie». Car dans ce texte, il ne fait au fond que répéter avec la force dont il imprègne ordinairement ses propos, ce que ses prédécesseurs n’ont cessé de proclamer: que la vie est une chose éminemment précieuse, inviolable du début à la fin.

Mais en termes plus concrets, le pape réaffirme son opposition totale à l’avortement, au suicide, à l’euthanasie et à toutes les méthodes de contraception qui ne seraient pas «naturelles». […]

Autant dire que ce texte offre tout ce que peuvent souhaiter, pour alimenter leur opposition, les plus ardents critiques du pape […]: le dogmatisme, l’autoritarisme, le décalage avec la réalité, le refus du modernisme. Ainsi le théologien suisse Hans Küng estime que «ce n’est pas le bon berger qui s’exprime dans ce document, mais un dictateur spirituel». […]

Aucune instance, nationale ou internationale, n’a véritablement vocation à traiter de ces problèmes. Dans la répartition administrative des tâches, les droits de l’homme, politiques, économiques ou sociaux ont leurs institutions, leurs lois. La vie, elle, n’a pas de guichet. Comme si le problème était trop important pour le confier à des hommes, ou plus prosaïquement comme s’il y avait toujours mieux à faire que de s’occuper de problèmes fondamentaux.

C’est donc partiellement par défaut que se manifeste l’autorité du pape dans ce domaine: si sa voix porte si loin, c’est autant en raison du silence que par sa véritable force.»