Contacts? Synergies? Fusion? Depuis quinze jours, la rumeur agite les rédactions sur l'avenir des deux grands quotidiens régionaux 24 heures (88 043 exemplaires) et la Tribune de Genève (TG, 76 708 exemplaires), tous deux propriétés d'Edipresse. Une rumeur que l'actuelle crise publicitaire amplifie et dramatise.

Alors fusion d'ici à 2004, comme le croient certains? Antoine Exchaquet, directeur de la TG éclate de rire: «Inimaginable! Cette rumeur est nulle et non avenue.» «Un vilain mot et une mauvaise idée», ajoute Jacques Poget, rédacteur en chef de 24 heures. Les deux titres ont en fait engagé une «dynamique en deux étapes», explique celui-ci, «deux processus qu'il ne faut pas confondre», précise Dominique Von Burg, rédacteur en chef de la TG.

D'ici à la fin de l'année, la première phase vise à améliorer les collaborations existantes et à «mieux utiliser nos forces», détaille Jacques Poget. «En 2003, nous devrons faire plus (en développant l'information locale lausannoise, ndlr) avec les mêmes moyens. Ces collaborations concernent surtout le premier cahier.» Soit les rubriques Suisse, Sports, Economie et Monde. Pourquoi ne pas créer alors un cahier commun? «Pas question, répond le rédacteur en chef de 24 heures. Les résistances seraient très fortes. De plus, les maquettes, les lecteurs, les hiérarchies de sujets et les histoires de chaque titre sont trop différents. Mais on peut sûrement améliorer la concertation entre les rubriques.» Leurs chefs doivent se rencontrer cette semaine.

La deuxième phase a de fait été initiée à la fin de l'été par la direction d'Edipresse Suisse. Il s'agit d'une réflexion de fond sur l'avenir des quotidiens régionaux. Associés à Claude Monnier, conseiller spécial auprès de la direction, les deux rédacteurs en chef lui ont remis un rapport mi-octobre. «Notre conviction, raconte Dominique Von Burg, c'est que ces deux journaux existent et qu'ils doivent continuer d'exister en toute autonomie. Mais pour garantir cette autonomie, il faut réfléchir à ce qu'ils doivent devenir.» Ou autrement dit: «Quel sera demain le journal régional idéal?»

Cité dans un récent courrier commun des sociétés des rédacteurs (SDR) des deux titres, Tibère Adler, directeur général adjoint d'Edipresse Suisse, ne dit pas autre chose: «Le concept même du journal régional a changé. Il faut le réinventer, et ce n'est pas qu'un slogan […]. La formule actuelle des régionaux n'a plus d'avenir […]. Une remise en question est indispensable. Cette démarche va aboutir à des changements, on ne peut pas le cacher. Et tout changement suscite des inquiétudes.» Une inquiétude que, dans le même courrier, Tibère Adler dit comprendre: «Il y a une composante économique claire, mais le projet n'est pas strictement lié à des économies de coûts […]. Il n'y a pas de plan secret avec des réductions à la hache. […]. La direction générale n'a donné aucun mandat concernant la future structure. Je vous promets que nous maintiendrons les moyens rédactionnels.» Seule réserve émise par Edipresse, un effondrement encore plus dramatique des rentrées publicitaires.

Ces garanties sur les moyens sont «importantes» pour Dominique Von Burg, tout comme l'est la reconnaissance par la direction que la «précédente tentative de synergies en 1991 fut un échec et qu'il n'est pas question de la répéter». Cette réflexion de fond doit débuter début 2003 et durer jusque «vers Pâques», explique-t-il. «Nous allons mettre sur pied des groupes de travail communs aux deux rédactions. Ensuite chacune réfléchira à ce qu'elle veut faire. Si des collaborations s'imposent, alors nous les mettrons sur pied pour 2004.» Mais de refuser de donner des exemples concrets, «ils seraient mal interprétés. Il faut d'abord repenser le journal.»

Pour leur part, les deux SDR saluent la «volonté de transparence de la Direction générale d'Edipresse», et affirment qu'elles «entendent continuer à travailler ensemble tout au long de ce projet». Une nouvelle rencontre est agendée pour janvier.