De façon parfaitement inhabituelle, l’Australien élancé de 40 ans, à la tignasse blonde et au sourire un tantinet sarcastique, était absent du prétoire quand la Cour suprême britannique a autorisé son transfert à Stockholm, mercredi.

Il a été victime des embouteillages londoniens, assure son entourage. Quoi qu’il en soit, c’est la première fois en 18 mois que le cyber-warrior hyper médiatisé rate un rendez-vous avec les journalistes et quelques dizaines de partisans inconditionnels.

Sa nouvelle équipe d’avocats (il en a changé plusieurs fois) a demandé la réouverture du cas en Grande-Bretagne, plutôt que de se tourner immédiatement vers la Cour européenne des droits de l’Homme.

La requête confère un nouveau sursis de quelques semaines voire quelques mois. Mais elle signifie aussi la prolongation d’une saga préjudiciable à l’image et au combat du prévenu, qui proteste ainsi de son innocence: «Je suis peut-être un phallocrate mais pas un violeur.»

A l’époque de son arrestation en décembre 2010, l’ex-hacker est intarissable sur «la machination» ourdie par les Etats-Unis. Elle viserait à le déporter à Guantanamo, via Stockholm, en représailles à une campagne de WikiLeaks qui a diffusé des centaines de milliers de documents confidentiels de l’armée américaine sur l’Afghanistan et l’Irak, puis 250.000 télégrammes diplomatiques américains.

Désigné «homme de l’année» par Time magazine et Le Monde, distingué par de nombreux défenseurs des droits de l’Homme, celui qui se targue d’avoir inventé «le premier service de renseignements du peuple au monde» est alors la bête noire des Etats-Unis.

Le manoir où il est assigné à résidence, en pleine campagne anglaise, est «une cage dorée» selon ses dires. Le grand communicateur est privé de ligne à haut-débit et contraint à un couvre-feu, mais il multiplie dans un premier temps les interviews.

Son leitmotiv? «Libérer la presse», «démasquer les secrets et abus d’Etat»

Deux hivers vont passer. Les visiteurs se raréfient. Ses adversaires sont nombreux, mais n’est-il pas devenu son pire ennemi?

C’est la question posée par un ex-porte-parole allemand de l’organisation, Daniel Domscheit-Berg, qui fustige l’«autoritarisme» d’Assange dans un brûlot.

Les principaux médias à l’avoir soutenu prennent leurs distances. «J’en suis venu à voir Julian Assange comme un homme qui peut faire à la fois figure de héros ou de méchant», écrit le rédacteur en chef du New York Times, Bill Keller.

Les médias britannique? «C’est l’industrie la plus voleuse, la plus putassière en matière de crédit, et championne du poignard dans le dos», proclame maintenant le chantre de la transparence.

Il est aussi brouillé avec son éditeur, qui sort… une «autobiographie non autorisée».

L’isolement grandit. Le boycottage des sociétés de cartes de crédit et de paiement en ligne menace WikiLeaks d’asphyxie. En février, la diffusion de cinq millions de courriels de la société américaine Stratfor censés lever un coin du voile sur le monde opaque des agences privées du renseignement connaît un moindre écho.

Assange se bat pour continuer à exister médiatiquement. Un personnage à son image fait une apparition fugace dans la série animée des Simpsons, qui surprend par une autodérision peu coutumière.

Le véritable Assange signe quant à lui un partenariat sulfureux avec Russia Today, une chaîne de télévision pro-Poutine. Le premier invité de son talk-show est Hassan Nasrallah, chef du mouvement chiite libanais Hezbollah, ennemi juré d’Israël et de Washington. Les interviews suivantes passent largement inaperçues.

Le 25 mai, à Londres, il s’est présenté le visage dissimulé par un masque du groupe de pirates informatiques Anonymous, avec cette explication: «Autant vous y faire, c’est peut-être ma dernière apparition en public.»