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L’extinction de la faune, nous y compris, fait causer

Une étude des Universités de Princeton, de Berkeley et Stanford relance la conversation autour de la 6e extinction de masse de la faune

Quand votre fil d’actualité Facebook commence à multiplier les articles sur la même information, quand les applications de mesures d’articles les plus lus pointent vers une information qui semble comme tourner en boucle, quand les mots-dièses se densifient autour de #extinction, ou #mass extinction, c’est qu’un buzz est en cours dont une étude universitaire (si possible prestigieuse) est la cause; les grands médias classiques les vecteurs initiaux; et les publications sur les réseaux sociaux la myriade de canaux qui la capillarisent dans les esprits.

Sa destinée, alors, peut être de s’installer buzz mondial pour quelques heures, ou quelques jours, et s’effacer ensuite: c’est la variante éphémère, la variante caniveau. Ou d’être considérée à l’inverse comme le signe d’une vraie préoccupation, c’est la variante mouvement de fond, la variante marqueur sociétal.

Nous avons vécu, ce week-end, une pareille séquence, dans sa version sociétale. Elle nous vient tout droit d’une étude des Universités de Princeton, de Berkeley et Stanford: comme bonnes fées autour de son berceau, on a connu pire.

Que prétend-elle cette étude signée entre autres Paul R. Ehrlich et Gerardo Ceballos? «Que la faune de la Terre est en train de subir sa sixième extinction de masse […] Jamais, selon ces chercheurs, la planète n’a perdu ses espèces animales à un rythme aussi effréné que depuis la dernière extinction de masse, il y a 66 millions d’années, celle des dinosaures. Leur étude, publiée dans la revue Science Advances, montre sans aucun doute possible que nous entrons dans la sixième grande extinction de masse […] Et les humains feront probablement partie des espèces qui disparaîtront, prévient l’étude.»

C’est Le Monde qui répercute ainsi l’information qui avait auparavant embrasé tous les titres anglo-saxons, du Washington Post au Guardian, en passant par le Time et l’ Independent, déclenchant un torrent de réactions parmi les lecteurs.

La conversation suscitée, parlons-en! Il y a ceux qui s’écrient que l’info n’est pas neuve. Il y a ceux qui répondent qu’il n’y a, certes, rien de nouveau sous le soleil, sur ce sujet, «juste davantage de confirmations».

Il y a ceux qui entonnent l’antienne de la distance critique: «Il faut que les journalistes aient un peu plus d’esprit critique. Les résultats scientifiques ne deviennent pas une vérité à partir du moment où un article est publié. Parce que cet article est alarmiste et fait un bon titre, on le met en avant? Pour vendre du sensationnel? Des milliers d’autres articles sont publiés qui disent autre chose, moins exagéré, mais ils ne font pas les gros titres de la presse populaire, car ils sont modérés…» Ou ce Dr Steffool, dans une variation ad hominem: «Paul Ehrlich encore… Il se trompe dans ses prédictions cataclysmiques depuis 50 ans déjà…»

Il y a ceux, enfin, qui mettent toute la faute sur le capitalisme. Mêmes dramaturgies, mêmes antagonismes chez les Anglo-Saxons.

Et puis il y a ceux qui, au-delà de la polémique, entrevoient comme une coïncidence dans le timing de parution de l’étude. Avec? Avec l’encyclique du pape François bien entendu et sa crainte que la maison commune, la Terre, ne soit mise en difficulté par la pression environnementale que nous lui faisons subir, nous les hommes, avec notre style de vie et notre avidité à consommer plus que de raison les ressources naturelles.

C’est en ce sens que la relance de l’intérêt autour de la sixième extinction de la faune, y compris l’extinction des humains, s’inscrit dans une préoccupation qui va bien au-delà du buzz. Avec l’encyclique de François, elle fait partie d’une coalescence de textes, scientifiques, philosophiques, littéraires, religieux qui disent tous ce sentiment crépusculaire de catastrophe imminente qui habite l’humanité.