Portée à notre connaissance par 20 minutes, c’est un peu l’histoire du poulpe qui nous rend… pas très malins. Pour ne pas dire pire. «Une pieuvre qui grimpe aux arbres n’existe que sur un site web qui lui est consacré. Les écoliers ont du mal à l’accepter.» On est interpellé… Mais de quoi s’agit-il? D’un prof américain qui, dans une étude menée avec ses étudiants, lance du coup une alerte sur la crédulité que peut induire le Web: «Donald Leu, professeur à l’Université du Connecticut, a testé l’aptitude d’élèves de la génération Facebook à gérer les informations trouvées en ligne. Il les a dirigés sur un vrai faux site dédié à ce céphalopode qui», bien adapté à son environnement forestier, «fait cela pour voler des œufs d’oiseau». Pour en ajouter une couche, le site indique aussi que «l’espèce est menacée en raison des fashionistas qui s’en servent comme décoration pour leur chapeau».

Bon. On a lu pire. Reste que ces enfants américains de 13 ans «n’ont pas seulement cru l’information» mais qu’ils «continuaient à la juger véridique malgré les explications de l’équipe du professeur Leu sur cette démarche pédagogique. «Ils peuvent bien vous dire qu’ils ne croient pas tout ce qu’ils lisent sur le Net, mais ils y croient quand même», s’est inquiété le professeur Leu sur le site du Daily Mail, déplorant leur incapacité de distinguer les faits et la fiction en ligne»: «Quand une info arrive sur Internet, c’est qu’elle doit être vraie», pensent-ils, affichant ainsi une capacité à l’évaluation critique pour le moins inquiétante. Même l’International Business Times s’est intéressé à cette drôle de relation au Web et soutient que plus on en rajoute, plus les victimes y croient, c’est dire le prestige de l’information virtuelle que décrypte aussi le site de NBC Connecticut.

Bien sûr, c’est un test. Qui vaut ce qu’il vaut, puisqu’il est basé sur un canular, un hoax, vous diront les spécialistes. Mais il faut constater aussi que cette page (zapatopi.net/treeoctopus) existe depuis 1998, raconte La Vanguardia de Barcelone. Qu’elle est très crédible, jusque dans son design démodé de la fin du XXe siècle, selon les résultats récoltés par l’Université du Connecticut. Et surtout, qu’il n’y a même pas 10% de sujets soumis à cette expérience «qui estiment nécessaire de vérifier des informations recueillies sur la Toile». Ce qui laisse supposer qu’«aujourd’hui, n’importe qui peut publier n’importe quoi sur Internet», s’inquiète le site Mother Nature Network, et les enfants, «abasourdis», se laissent abuser. Surtout quand il s’agit d’images, en l’occurrence celle d’un poulpe rose bonbon juché sur sa branche d’arbre qui s’aide de ses petits tentacules poilus pour gravir l’arbre aux trésors.

Mais un doute s’installe. Et si tout cela n’était qu’une fausse bombe à retardement montée sur un canular préexistant? C’est que semble soupçonner le site Physorg.com, en prétendant qu’un «communiqué de presse révèle que les journalistes croient tout ce qu’ils voient sur Internet». Aïe. En réalité, l’étude a été menée en 2006 sur un minable échantillon de 25 étudiants, et il n’y a strictement rien de neuf à ce sujet. Ce cas précis montrerait donc comment un buzz s’installe sur la Toile et abuse tout le monde, à partir d’une conférence donnée en janvier dernier par le professeur Leu devant des directeurs d’école au Texas. Du réchauffé de chez réchauffé, en quelque sorte. Mais surveillez vos enfants, tout de même. Quant à nous, la prochaine fois, nous vérifierons nos informations. Mais pas sur Octopus.com, comme c’est la tentation de tout jeune internaute qui désirerait se documenter sur les poulpes et clique sur le premier site venu de n’importe quel moteur de recherche, conclut l’ineffable M. Leu. Fussent-ils devins du football, ces poulpes?