sur les réseaux

Affaire Henri Dutilleux: les réseaux sociaux couvrent Paris de honte

En salissant la mémoire du compositeur français Henri Dutilleux, deux élus socialistes se couvrent de honte et provoquent une vague indignée de protestations. Qui commence sur le site de pétition en ligne Change.org, se poursuit sur Facebook et Twitter, et finit par embraser toutes les rubriques culturelles musicales

La Mairie de Paris se ridiculise

En salissant la mémoire d’Henri Dutilleux, Paris se couvre de honte

La consternation a commencé à frémir sur les réseaux sociaux et le site de pétition en ligne Change.org dès le lundi 16 mars: la Ville de Paris, mairie du IVe arrondissement, salissait de la plus perfide manière la mémoire d’un des plus grands musiciens français du XXe siècle, Henri Dutilleux. En l’accusant de fait de collaboration et en lui refusant la pose d’une plaque commémorative.

Dutilleux collaborateur? L’accusation est particulièrement déplacée et grave, pour un musicien qui adhéra à la Résistance en 1942; mit en musique clandestinement en 1944 le poète résistant Jean Cassou; et livra en 1997 une de ses compositions les plus célèbres, The Shadows of Time, une bouleversante méditation sur les victimes de la Shoah.

La pétition de Change.org, lancée par les compositeurs Etienne Kippelen et Matthieu Stefanelli, rencontrent immédiatement un écho parmi tout ce que la France et le monde comptent de mélomanes avertis.

Elle est ainsi libellée: «Lors du Conseil d’arrondissement du 2 mars 2015, en réponse à la demande formulée d’apposer une plaque commémorative sur l’île Saint-Louis, où Henri Dutilleux a passé la majeure partie de sa vie, M. Christophe Girard, maire du IVe arrondissement, et Mme Karen Taïeb, conseillère de Paris [tous deux socialistes], ont accusé le compositeur en des termes peu mesurés de graves faits de collaboration, s’appuyant exclusivement sur la réalisation d’une musique d’un film documentaire en 1942, Forces sur le stade. S’il s’agit effectivement […] d’un film de propagande, vantant les mérites du sportif et de l’ouvrier modèle selon Vichy – et non d’un film à proprement parler collaborationniste –, il est d’une totale malhonnêteté intellectuelle de souiller la mémoire d’un homme dont la vie et l’œuvre témoignent d’un engagement humaniste et universaliste.»

Les réactions des milieux musicaux fusent immédiatement sur Change.org. Ainsi, le pianiste Philippe Cassard s’écrie: «Ces attaques contre Henri Dutilleux, grand humaniste universellement célébré, résistant, un des re-fondateurs de la radio française à la Libération aux côtés de Jean Tardieu, sont ignobles, mesquines, inacceptables, de la part de personnes qui ont soi-disant représenté la «culture» à Paris, mais qui, au fond, la méprisent.»

Frédéric Lodéon, le très populaire violoncelliste et animateur de radio, lance sobrement: «Je suis profondément indigné par l’affront fait à ce génial compositeur, dont la probité ne saurait être remise en cause.»

Ne passe pas non plus le tweet mensonger et diffamatoire, retiré depuis, du maire du IVe arrondissement, responsable de l’ignominie, qui ose comparer la position de Dutilleux à celle de Céline, antisémite notoire. Bref, plus les jours passent, plus les élus socialistes s’enfoncent dans le ridicule. Le coup de grâce étant asséné par Jack Lang lui-même, qui déclare: «On est abasourdi par ce mélange d’incompétence et de veulerie!»

Résumons la séquence: une décision crapoteuse passée en catimini. Une réaction immédiate des réseaux sociaux et d’un site de pétition en ligne. Des échos dans toute la presse. Et aujourd’hui, une Mairie de Paris sous pression. C’est cela, la force des réseaux.

Publicité