Apple promettait cette révolution depuis plus d'un an. Samedi, MacOS X, nouvelle mouture du système d'exploitation (lire l'encadré), avait droit aux honneurs d'un lancement simultané dans le monde entier. Pourtant, la communauté très fidèle des «macophiles» est unanime: oui, il faut avoir confiance en l'avenir d'Apple; non, il ne faut pas se ruer sur MacOS X.

Pour l'occasion, le gourou d'Apple, Steve Jobs, avait vu les choses en grand. Les revendeurs du monde entier avaient donc reçu les cartons en milieu de semaine passée, pour pouvoir vendre les 3 CD-Rom d'installation samedi 24. C'était une première pour la marque à la pomme, qui se plie ainsi à un exercice popularisé par le rival Microsoft.

En Suisse romande, les principaux revendeurs s'étaient préparés. Pour obtenir de bonnes notes auprès d'Apple, «très pointilleuse avec ses revendeurs», nous explique un propriétaire de magasin, ceux-ci avaient sorti les cacahuètes et les chips à l'occasion de l'«OS X Open Day». Mais le champagne était resté au frigo. «Nous avions commandé 35 exemplaires, mais nous n'en avons reçu que huit», explique Nicolas Seriot, chez Pomme A à Lausanne, troisième revendeur de Suisse romande. Pour faire respecter l'embargo, le fabricant avait promis jusqu'à 30 000 dollars d'amende à ceux qui ne respecteraient pas la date. Computer Shop, le plus ancien des magasins spécialisés à Lausanne, n'a pour sa part même pas jugé utile de vendre le produit. Art Computer, à Genève, a quant à lui écoulé 80 des 100 copies reçues.

Si les ventes semblent faibles au vu de l'importance stratégique du lancement de MacOS X, c'est en partie en raison de la méfiance affichée au sein même du monde des macophiles. Le Web regorge de ces sites indépendants, centrés sur l'actualité Mac et animés par des bénévoles passionnés. Ces derniers, qui se sont eux-mêmes baptisés «évangélistes», ne sont pas convaincus par le nouveau système d'exploitation.

Cyril Pavillard, 24 ans, qui gère avec deux amis le site francophone MacGeneration.com créé en septembre 1999 (près de 800 000 pages vues par mois), est catégorique: «Comme tous les fans, j'ai installé le système. Mais je ne le conseillerais pas à quelqu'un qui doit travailler de manière professionnelle avec son ordinateur, ni à un gros joueur: on note beaucoup d'incompatibilité avec les jeux.» De fait, les croqueurs de pomme sont très critiques. Ce «coup marketing» d'Apple est encore une manière de rappeler l'adage «Qui aime bien châtie bien», comme le fait Branislav Medic, infographiste qui touche 4340 personnes mensuellement avec son mordicus (milic. net/mordicus): «MacOS X n'est pas un produit fini. Bien sûr, en tant qu'aficionado, j'y vois des points positifs. Mais le système est encore trop lent et je ne conseillerais à personne de l'installer pour le moment». Même son de cloche chez Guillaume Gete (www.gete.net): «MacOS X n'est pas prêt pour une utilisation grand public. Le principal problème: il faut que les logiciels et les pilotes (ndlr: qui permettent d'employer les périphériques tels que modems, imprimantes, écrans) soient adaptés. Et ce ne sera probablement pas le cas avant plusieurs mois.»

Tous en veulent pour preuve l'attitude d'Apple elle-même. Après avoir retardé le lancement de MacOS X de plus d'un an, le patron Steve Jobs en avait annoncé la date de sortie lors d'une conférence le 9 janvier. «Il faut également prendre en compte la pression des investisseurs, déçus par les résultats communiqués en début d'année», souligne Branislav Medic. Apple a donc dû tenir ses promesses. Consciente des faiblesses actuelles du produit, la firme n'a cependant fait que peu de pub. Autre fait significatif: les ordinateurs à la pomme sont pour l'instant livrés avec l'ancienne version du système et MacOS X est également fourni avec, en roue de secours, l'ancienne version, le système 9.1. C'est seulement en juillet que la révolution devrait toucher le peuple: Apple distribuera son système à grande échelle, avec chaque iMac, PowerMac ou portable, et communiquera en fanfare. «Et c'est là que nous commencerons notre vraie mission d'évangélisation», se réjouit Cyril Pavillard.