Frappante, l'incessante volonté des médias de cerner leur propre pouvoir. Ce jeudi, TV5 diffusait un reportage de la télévision belge sur les Guignols de l'Info. Dans les coulisses de Nulle part ailleurs, Bruno Gaccio évoque avec son arrogance coutumière la liberté totale de ton que depuis dix ans, Messieurs Lescure et de Greef lui accordent, jusqu'à se laisser épingler eux-mêmes. «Ça me paraît logique», justifie Alain de Greef, plus tard dans son bureau. «N'est-ce pas plutôt malin?», lui demande le journaliste: «Disons que c'est à la fois logique et malin», concède finalement de Greef.

Plus tard, Maître Collard, l'une des victimes les moins consentantes des Guignols, relèvera l'injustice de la situation: «Celui qui prenait sa plume pour se moquer de Louis XIV prenait un vrai risque. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Et personne n'ose se plaindre des Guignols, tellement ils ont en peur.» Quel est donc l'imbécile qui a inventé la démocratie?

Reste que la remarque pointe le curieux paradoxe: à force d'être incontournable, ce contre-pouvoir doit forcer le respect de ceux qui veulent le pouvoir, au moins dans le discours. Le néophyte des médias Bertrand Delanoë l'a très vite compris. Epinglé tout comme son adversaire Philippe Séguin à l'issue d'un débat sur les municipales, il commente: «Ce qu'ils ont dit sur moi ne m'a pas dérangé. Mais je les ai trouvés un peu méchants avec Monsieur Séguin.» Logique, ça se discute. Malin, c'est sûr.