Au Temps, on appelle cela le syndrome Omar Sharif. Dernière victime en date: Albert Jacquard. Le syndrome Omar Sharif? La réapparition sur les réseaux ou les sites d’une information vieille de plusieurs semaines, mois, voire de plusieurs années et qui refait soudain surface sans que l’on ne comprenne vraiment pourquoi. L’équipe numérique du Temps a observé le phénomène à la fin du mois d’août avec Omar Sharif, pourtant décédé et enterré médiatiquement le 10 juillet. Allez savoir pourquoi la news repart de plus belle un mois après?

Une nécro vieille de deux ans

Le week-end dernier, le syndrome Omar Sharif a frappé le très populaire généticien français Albert Jacquard. Ici, ce n’était pas un mois qui nous séparait de l’événement, mais carrément plusieurs années. Le vieux sage nous a quittés le 11 septembre 2013. Et nous a faussé compagnie une seconde fois le 13 septembre 2015. A l’origine du phénomène, un article du Point vieux de deux ans placé sur les réseaux. La nécro circule donc à nouveau et nombre de twittos pressés retweetent à la volée. Le directeur exécutif de France 5, Michel Field lui rend un hommage en 140 signes: «Albert Jacquard s’est éteint. Pédagogue inlassable de la raison scientifique au service du bien commun, sa générosité nous manque déjà». Une secrétaire d’Etat appond et nous voici en plein emballement. Les regrets éternels et les larmes ondoient le net.

L’emballement des réseaux

Après coup, on a l’air de faire les malins, mais sur le moment on a bien failli se faire avoir. Sur Facebook on avait déjà liké le post du Point, apparu sur son mur via une professeur des Universités. Et on s’apprêtait à le partager. Quand un léger doute nous saisit: le sentiment d’avoir déjà assisté à sa noria d’hommages. On ouvre l’article, avise la date: ouf, sauvé par la mémoire pas encore tout à fait défaillante…

Mais entre-temps, les réseaux se sont emballés et de nombreux internautes prennent l’info très éventée pour une breaking news qui pulse à nouveau dans les tuyaux des réseaux sociaux.

La séquence aura permis de bien rire, évidemment. Et à nombre de gardiens du temple et de moralistes d’emboucher toutes les chansons convenues sur les engouements trompeurs des réseaux, leur empressement à diffuser une info dont on ne prend pas le soin de vérifier, sinon la véracité, du moins la date de péremption.

Un ballet immuable

C’est que, sur Internet, rien ne se perd: tout trépigne sur les serveurs prêts à reprendre du service et nous gratifier d’un nouveau tour de piste. En l’espèce, la faute est bien vénielle. Elle témoigne, une fois de plus que les réseaux vivent d’instantanéité et de l’écoulement implacable du temps réel. Une information chasse l’autre, une émotion crucifiante est tôt dépassée par une térébrante. Une indignation par une indignation plus forte encore. L’annonce d’un décès célèbre constituant l’aliment de choix de ce ballet à la scansion immuable: annonce brute de la mort, bilan de la vie du trépassé, hommage ému, bilan des hommages émus des célébrités, prochain décès notable,…

Et c’est sans évoquer ici la variante franchement assumée du syndrome Omar Sharif: lorsque des lobbies ou des internautes transformés en lobbyistes ressortent à dessein des infos qui retracent des événements périmés, mais dont la charge émotionnelle, la capacité à fédérer les indignations demeurent. On connaît cela, en ce moment, sur Facebook avec la bataille électorale et la réémergence d’articles sanglants en tous genres.

Une stratégie de Facebook

Et c’est sans mentionner enfin certaines stratégies qui ont pu être mises en oeuvre par un réseau social comme Facebook qui avaient beaucoup fait parler d’elle il y a deux ans en remettant en circulation sur les murs des usagers des posts datant parfois de plusieurs années.

Bref, dans le monde de la nouveauté impitoyable qu’est Internet, le syndrome Omar Sharif n’est pas près d’être éradiqué.