Moins d'un an après sa nomination – il avait été désigné le 2 juillet dernier – le journaliste Albert Du Roy «a donné sa démission» vendredi de ses fonctions de directeur-général adjoint de France 2, chargé de la rédaction. Onze mois, pas un de plus, ont suffi à faire chuter cet excellent journaliste de presse écrite, moins coutumier, en fait, des mécanismes du média télévisé qu'il ne l'était de certaines de ses émissions.

Ce départ, si conforme au carrousel du PAF (le paysage audiovisuel français) ne serait qu'un épisode mondain s'il ne disait l'échec d'un effort rédactionnel, constamment contesté par les journalistes eux-mêmes, qui n'y croyaient pas. En entrant en fonctions, Du Roy avait en effet tenté de rénover ton et méthodes de travail, en remodelant complètement le journal télévisé, qui s'essoufflait face à la concurrence de TF1, la grande chaîne commerciale. Du fond, du sérieux, tel était le propos. L'édition de 13 heures devait comporter des aspects magazine, celle du soir comportait trois phases: actualité, éclairage, découverte.

Dans la foulée, Du Roy a modifié le casting de ses grands journaux en se séparant de Bruno Masure au profit de Béatrice Schönberg. Erreur fatale, et parfaitement révélatrice: en cherchant à dé-vedettariser le journal télévisé, en lui retirant son présentateur le plus populaire, Du Roy a oublié, l'espace de quelques heures, qu'il n'est pas, dans les grandes chaînes généralistes, de journal qui tienne sans star: en dépit de ses longues années de service, PPDA, sur TF1, continue d'attirer le chaland. Sans que le sérieux en soit forcément absent. Ou alors – et c'est le choix de la chaîne continue LCI – on abandonne toute vedette au journal, mais on l'assortit d'une information de fond continue: interviews, reportages, commentaires, débats.

Le résultat ne s'est pas fait attendre: face au couple Chazal-Poivre d'Arvor, le tandem Schönberg-Bilalian n'a cessé de perdre des points d'audience. Les premiers réalisent 39,1% de parts de marché (contre 36,8% l'an dernier), les seconds 23,3% (contre 25,9 l'année passée). Du Roy et ses chefs en ont tiré la leçon.