Depuis des mois, les spécialistes informatiques, relayés par les constructeurs et les médias, ne cessent de répéter que le passage à l'an 2000 risque de faire vaciller le monde occidental. A force, c'est tout juste si on les écoute encore. Le problème est connu: à l'intérieur des ordinateurs, les vieux programmes ne codent les années que sur deux chiffres, confondent l'an 2000 et l'an 1900, reculent d'un siècle et risquent de perdre la boule.

Les grandes entreprises ont pris conscience du problème depuis longtemps. Les centrales électriques, les compagnies de transport ou les banques ont déjà investi des centaines de millions de francs pour mettre à jour leur matériel. Le processus le plus coûteux consiste à retrouver dans des programmes complexes les parties du code qui gèrent les dates. Il revient souvent moins cher de changer de machine au lieu de payer des informaticiens hors de prix pour effectuer ces modifications.

Si les multinationales ont été sensibilisées assez tôt, le maillon faible se situe désormais au niveau des petites entreprises, qui ne se sentent souvent pas concernées. Afin de tirer la sonnette d'alarme, la Confédération annonçait hier l'envoi d'une brochure à 40 000 PME et administrations du pays.

Ce dépliant, intitulé Vos systèmes informatiques fonctionneront-ils encore en l'an 2000?, a été réalisé par les délégués à l'approvisionnement économique et à l'an 2000. Il donne des exemples et propose des stratégies pour diminuer les risques. «Il s'agit de sensibiliser les PME pour qu'elles empoignent enfin le problème, explique Mario d'Agostini de l'Office fédéral de l'approvisionnement économique. De nombreux petits patrons ne réalisent pas que leur central téléphonique ou leur ascenseur tombera peut-être en panne le 31 décembre 1999 à minuit.»

En Suisse, le comité CHIG2000 regroupe depuis décembre 1996 les responsables informatiques d'une trentaine d'entreprises en charge du «dossier an 2000». «Pas une seule PME ne s'est approchée du comité, regrette Gerhard Knolmayer, professeur à l'Université de Berne et responsable du CHIG2000. Les petits patrons pensent souvent que les constructeurs informatiques dramatisent ce problème pour vendre du nouveau matériel.»

Pourtant, de nombreuses PME pourraient être inquiétées par le changement de millénaire. «Si un coiffeur n'a certainement rien à craindre, les machines à commandes numériques ou le central téléphonique d'une petite entreprise cessera peut-être de fonctionner du jour au lendemain», poursuit Gerhard Knolmayer. Un effet domino aurait des conséquences dramatiques sur l'économie, mais aussi pour la sécurité des citoyens: «Il s'agit aussi d'informer la population que les stimulateurs cardiaques ou les pompes à perfusion doivent aussi être vérifiés, explique Mario d'Agostini. Nous comptons sur les employeurs pour faire passer le message.»

Le 18 août, nous serons à 500 jours de l'instant fatidique. Les Américains ont choisi cette date pour organiser une journée mondiale d'information. «La plupart des gouvernements étrangers ont déjà entrepris des campagnes massives auprès des petites sociétés, la Suisse s'y prend vraiment très tard», regrette Gerhard Knolmayer.

Il est vrai que le temps presse car les machines concernées sont légions: compteurs d'électricité, centraux téléphoniques, feux rouges, robots industriels, etc. Certaines compagnies aériennes ont déjà annoncé qu'elles ne voleraient pas à la date fatidique.

Profitant des inquiétudes suscitées par l'an 2000, des commerçants se mettent à exploiter le filon et vendent des voyages dans des contrées éloignées de toute technologie. Un entrepreneur propose ainsi sur Internet la location de «sanctuaires» dans les montagnes américaines (www.y2krefuge.com) où le bug restera sans effet. «Pour 5000 dollars, vous pourrez demeurer ici avec votre famille jusqu'au mois de juin 2001. Vous serez ainsi assurés que la catastrophe sera terminée lorsque vous redescendrez», annonce très sérieusement sa publicité.