Au nom des libertés individuelles et de la protection de la vie privée, l’Europe mène la vie dure aux grandes entreprises américaines du Web. C’est ce que l’on peut se dire en avisant la dernière grande défaite de Facebook en Allemagne et dont l’annonce s’est répandue partout dans le monde grâce à la répercussion immédiate qu’en a donnée la BBC.

Ainsi, lefigaro.fr: «D’après l’autorité de protection des données de la ville de Hambourg, Facebook n’a pas le droit d’imposer aux utilisateurs d’employer leur vrai nom. Une résidente de cette ville située au nord de l’Allemagne, qui souhaitait utiliser Facebook sous pseudonyme, a ainsi gagné sa bataille face au réseau social.»

La jurisprudence allemande évolue en faveur des utilisateurs

Dans la presse allemande, cela donne ce titre: «Devoir de transparence: Caspar vs Facebook». Caspar, c’est le nom du jeune Johannes Caspar, préposé à la protection des données de la ville de Hambourg, celle-là même où Facebook a son siège en Allemagne. Ndr.de nous explique dans le détail que le préposé a réagi très promptement aux récriminations de la plaignante en enjoignant à Facebook d’autoriser l’internaute à user d’un pseudonyme, au risque, dans le cas contraire, d’encourir une amende pouvant aller jusqu’à 50 000 euros. Sans parler d’une astreinte plus générale pouvant atteindre le million d’euros.

Voyant venir l’argument que le siège de Facebook, en Europe, est en Irlande, où la législation est plus souple qu’en Allemagne, Johannes Caspar s’est fendu en outre de cette déclaration tranchante: «Wer auf unserem Spielfeld steht, muss sich auch an unsere Regeln halten», soit, en français: «Qui est actif sur notre terrain de jeu doit respecter nos règles.» On notera là, en ce qui concerne les futures batailles judiciaires partout en Europe, une évolution de la doctrine en Allemagne: en 2013, rappelle ndr.de, une juridiction du Schleswig Holstein avait, dans un débat similaire, donné raison à Facebook au prétexte de la législation irlandaise. La décision hambourgeoise marque donc une solide inflexion dans la direction contraire.

Lefigaro.fr résume l’enjeu de la bataille présente: «La politique de Facebook limite chaque personne à l’utilisation d’un seul compte, sous un vrai nom. Cette résidente, qui souhaite rester anonyme, a vu son compte être suspendu par le réseau social. Les équipes de Facebook exigeaient, pour le rouvrir, d’obtenir une photocopie d’une de ses pièces d’identité. Cette pratique a été considérée comme illégale par l’autorité allemande.»

Les problèmes avec la vraie identité

La nouvelle a provoqué une pluie de réactions dans l’espace commentaires du journal, qui montre à quel point le problème de l’identité, de l’identification et de l’authentification des identités sur le réseau social est devenu, de nos jours, un lancinant problème. Ainsi Vic40: «Facebook ferait mieux de demander des preuves sur l’identité des gens qui publient sous une vraie identité. Un compte a été ouvert au nom de mon fils et des centaines d’invitations envoyées aux élèves de son lycée en deux jours. Un vrai prénom, un vrai nom, une vraie identité. Mais c’était un plaisantin derrière. Ça m’a pris des heures pour faire supprimer ce compte et, le comble, il a fallu que je scanne à Facebook mon passeport et celui de mon fils! Donc si quelqu’un veut ouvrir un compte à votre nom, et donc communiquer en votre nom, pas de problème. En revanche, quand vous signalez pour dire que ça n’est pas vous (après beaucoup de difficultés pour le faire), là, on vous demande de prouver votre identité! Pendant ce temps, le pirate peut vraiment vous faire des sales coups. A condition encore que vous soyez au courant… Dans le cas présent, heureusement, un copain de mon fils lui a dit qu’il avait accepté son invitation et mon fils, inquiet, m’en a parlé.»

La préoccupation de Vic40 trouve un écho dans le commentaire de cet autre internaute: «Les identités sont facilement volées sur les Facebook, YouTube, etc. L’utilisation d’un pseudo, ne serait-ce pas la solution pour éviter ce piratage éhonté et dangereux des données personnelles des individus? Aujourd’hui, on vous vole votre identité et le site hébergeur (style YouTube) ne peut rien faire. Il faut déposer plainte au CNIL (encombré par moult affaires de piratage) et à la police. En clair, la personne qui se fait voler son identité est sacrément dans le pétrin, et ce, pour longtemps. Voilà pourquoi, le pseudo proposé par cette internaute serait peut-être la solution…»