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Antisémitisme, matrice de tous les racismes

Les attentats de Copenhague ont fait resurgir un vieux débat: celui du vocabulaire employé pour désigner l’horreur

C’est la remarque qui ne passe pas. Après les attentats de Copenhague et la profanation du cimetière juif de Sarre-Union, l’ancien ministre Roland Dumas a évoqué sur RMC/BFMTV l’ascendant que l’épouse – de confession juive – de Manuel Valls pourrait avoir sur la Weltanschauung de Matignon: «Il est marié avec quelqu’un… quelqu’un de très bien, je dirais, qui a de l’influence sur lui.» Une fois de plus, cherchez la femme…

Du coup, la magistrate chargée de l’Education nationale, Najat Belkacem (@najatvb) , est sortie de ses gonds: «Roland Dumas qui nourrit l’antisémitisme ordinaire. Atterrant. Soutien à tous ceux qui combattent la haine.»

Depuis dimanche, le débat a donc resurgi. Violemment. Il est lexical avant d’être idéologique. Prenez ce commentaire d’internaute glané sur le site Causeur. fr: «Si un terroriste non identifié tirait à la kalach sur une synagogue et s’enfuyait en prenant en otage votre enfant», lors des recherches, on interpellerait «principalement des blonds aux yeux bleus, si possible cathos!». Voilà la formule, méchamment ironique, publiée le 15 février en réaction à l’article de Causeur, titré: «Attentat antisémite meurtrier à Copenhague». Elle exclut le doute: la cause est entendue aux yeux de l’observateur. Dans le détail, selon Causeur, «les motivations» du second attentat de Copenhague, dans la nuit de samedi à dimanche, sont «totalement explicites, puisqu’il visait une synagogue du centre-ville». Le jeune homme tué «était un juif qui veillait à la sécurité», mais «le mot «antisémitisme» semble largement banni […] des chaînes et des sites d’infos».

Banni? Pour un blogueur de Mediapart, ces événements représentent aussi clairement «un crime raciste et antisémite. Il s’inscrit dans la lignée des actes de Merah, Nemmouche et Coulibaly qui ont tué des personnes parce que celles-ci étaient juives.» Même ton dans le quotidien israélien Haaretz , qui livre les clés suivantes: «Pour un certain type de meurtrier, voici les victimes les plus évidentes – des journalistes et artistes précis, vus comme attaquant les symboles de l’islam – et des juifs «pris au hasard». Il faut un certain degré de sophistication et d’information pour localiser le premier type de cibles; pour le second, rendez-vous simplement à la synagogue ou au magasin casher le plus proche.»

Télérama, lui, a eu la bonne idée de retwitter un article paru dans ses colonnes en août dernier. La psychanalyste Elisabeth Roudinesco y rappelait que «le mot «antisémitisme» apparaît en Allemagne dans les années 1870. C’est la haine des juifs en tant que prétendue race, alors que le concept précédent d’antijudaïsme, lui, était purement religieux. L’antisémitisme, c’est la matrice de tous les racismes!» Y compris du racisme anti-arabe, si fréquent sur les réseaux.