D'ici à la fin du mois de mars, les abonnés à tous les systèmes de messagerie instantanée devraient pouvoir communiquer entre eux. C'est du moins ce qu'a annoncé la semaine dernière IMUnified, association qui regroupe les plus grands acteurs du secteur (Microsoft, Yahoo, AT & T, Excite@home, Phone.com, Tribal Voice, etc.). Près de 200 millions d'internautes dans le monde utilisent leurs logiciels pour communiquer instantanément. Du téléphone par écrit, en quelque sorte. Ou du mail instantané. Au mail, la messagerie instantanée emprunte en effet la forme écrite alors qu'elle se rapproche du téléphone par sa rapidité.

A l'heure actuelle, la vingtaine de systèmes disponibles (AOL Messenger, ICQ, Yahoo Messenger, Odigo, etc.) ne sont pas compatibles entre eux. Un peu comme si les abonnés Swisscom ne pouvaient pas appeler les clients de Sunrise. Chaque société a longtemps défendu son pré carré et confiné ses abonnés à son propre protocole. Un état de fait auquel la création d'IMUnified (IM est l'abréviation d'«Instant Messenger»), l'été dernier, avait pour but de mettre fin.

Cette association a en effet promis d'adopter aussi vite que possible un standard commun. «Tous les membres fondateurs d'IMUnified sont attachés à l'interopérabilité entre leurs systèmes, a réaffirmé la semaine dernière Estela Mendoza, porte-parole de l'association. Le protocole commun a été développé et nous sommes très près de la prochaine étape.» Certains membres de IMUnified seraient prêts à adopter ce standard commun avant la fin du mois de mars. Selon The Standard, magazine américain spécialisé dans l'économie du Net, les seuls obstacles à la mise en route de ce protocole seraient contractuels.

Autre problème: les abonnés à AOL Instant Messenger (AIM) et ICQ. Ils ne prendront certainement pas part à cette orgie communicationnelle. La direction d'AOL Time Warner, à qui ces deux plates-formes appartiennent, invoque des raisons de sécurité pour ses usagers. Le géant ne fait d'ailleurs pas partie d'IMUnified, association à laquelle il n'a pas été invité. Or ces deux plates-formes dominent outrageusement le marché puisqu'elles réuniraient, selon des chiffres récents, 80% des utilisateurs de messagerie instantanée. Un quasi monopole que les membres d'IMUnified voudraient bien grignoter. «Il est temps que tombent les murs entre les développeurs de technologie pour que les utilisateurs puissent parler entre eux», écrivaient-ils, l'automne dernier, au patron d'AOL. Un touchant élan de philanthropie qui n'est pas dénué d'ambitions commerciales. Dans la fenêtre qui indique à l'utilisateur d'un service de messagerie instantanée si ses amis sont en ligne en même temps que lui (sa «Buddy List»), s'inscrivent en effet des publicités sur lesquelles il est invité à cliquer. Pour s'inscrire à un service, l'internaute doit également donner une série de renseignements personnels grâce auxquels l'opérateur peut prétendre vendre de la publicité basée sur les habitudes de consommation de ses abonnés. Une série d'informations très recherchées par les annonceurs.

L'interopérabilité vers laquelle tend l'IMUnified est bien entendu une menace pour AOL. Toutes les tentatives de lui faire adopter une forme ou une autre de système commun ont échoué. Odigo avait ainsi lancé l'année dernière un logiciel compatible avec AIM de sorte que ses abonnés pouvaient discuter avec ceux d'AOL. Après deux semaines, le plus grand groupe mondial de communication a empêché les membres d'Odigo de venir sur ses services AIM. «AOL a fait mine de soutenir nos efforts vers l'interopérabilité sur le papier, mais ils n'ont tenu aucune de leurs promesses, insiste Estela Mendoza. Ils ont un beau monopole et gardent leurs utilisateurs dans leur propre jardin.»

Un monopole qui n'a pas échappé à la Federal Communications Commission (FCC), l'autorité américaine qui a statué sur la fusion d'AOL avec Time Warner. Elle s'est en effet alors inquiétée du fait que, grâce aux réseaux câblés de Time Warner, cette situation de fait puisse se prolonger dans ce qu'elle perçoit comme le développement naturel de la messagerie instantanée: sa version vidéo. Pour l'éviter, la FCC a obligé AOL à ouvrir cet hypothétique système de vidéoconférence à deux concurrents. Pour l'heure, celle-ci a affirmé n'avoir nullement l'intention de lancer un tel système. Son monopole sur la version textuelle de la messagerie instantanée peut donc continuer. A moins que les internautes ne plébiscitent le standard commun lancé prochainement par les membres d'IMUnified.