La rumeur qui court depuis des mois dans toute la Silicon Valley se fait plus persistante depuis quelques heures: Apple présentera lors du MacWorld Expo de New York la semaine prochaine l'«iBook», la version ultraportable de l'iMac.

Selon des sources bien informées, le dernier né de la famille Macintosh héritera du même look coloré que son grand frère et sera donc disponible dans les cinq arômes devenus célèbres: mandarine, citron vert, raisin, myrtille et fraise.

L'iBook, plus compact et mince que l'actuel Powerbook, s'inspire d'un produit qu'Apple avait lancé il y a deux ans sur le marché américain: l'«eMate». Destiné aux étudiants, ce petit portable n'avait jamais vraiment décollé notamment parce qu'il fonctionnait sur le système d'exploitation Newton, trop peu répandu. L'iBook s'utilisera lui comme un Macintosh traditionnel et sera donc compatible avec les logiciels existants. Toujours selon des sources proches d'Apple citées par les magazines spécialisés, il sera équipé d'un processeur G3 cadencé à 333 MHz et contiendra un lecteur de CD-Rom ainsi qu'un modem et une sortie audio. L'effet de surprise si cher au patron éternellement intérimaire Steve Jobs sera maintenu: les photos et le prix ne seront disponibles que la semaine prochaine.

Avec ce produit grand public, Apple entend bien continuer à surfer sur cette vague iMac qui lui redonne des couleurs depuis l'automne dernier. Au 31 mars, Apple avait écoulé 1 150 000 de ces boîtes translucides, ce qui correspond à une machine vendue toutes les 16 secondes dans le monde depuis son lancement en août 1998. Hier, Apple publiait ses résultats pour le dernier trimestre: 203 millions de dollars de bénéfice sur un revenu de 1,56 milliard de dollars, en progression de 11% par rapport à l'an dernier. Du coup, la firme de Cupertino a décidé de racheter pour 500 millions de dollars de ses propres actions.

En Suisse, la croissance des ventes est encore plus impressionnante. «En terme d'unités, nous avons progressé de 60% par rapport à l'an dernier, se réjouit Martin Hagger, directeur d'Apple Suisse. Et le revenu a connu une croissance de plus de 30%. D'octobre 1998 à septembre 1999, nous aurons écoulé entre 25 000 et 30 000 iMacs.» La part de marché d'Apple en Suisse est la plus élevée au monde: 7,2% des ordinateurs de bureau sont des Macintosh contre 4 à 5% pour la moyenne mondiale. «Ce succès s'explique par le niveau de vie élevé et la fidélité très importante de la clientèle helvétique, poursuit le directeur. Nous n'avons cessé d'augmenter notre part de marché ces deux dernières années.» Depuis l'an dernier, le constructeur californien propose un service de vente en ligne aux Etats-Unis. Le site suisse fonctionne quant à lui depuis le mois de mars dernier. «Nos revendeurs se sont inquiétés de l'arrivée de ce service qui les transite, explique Martin Hagger. Ils ont vite été rassurés car, pour l'instant, 1 à 2% des unités seulement sont vendues par l'intermédiaire d'Internet.» Un chiffre qui pourrait cependant augmenter rapidement dans les mois à venir.

Malgré le succès vraisemblable de l'iBook et celui de ses derniers modèles, il reste plusieurs défis techniques à Apple, notamment du côté du marché professionnel. Le système d'exploitation du Macintosh ne bénéficie toujours pas de la mémoire protégée qui permet à plusieurs applications de travailler en même temps sans se gêner mutuellement. Il manque aussi aux Macs ce qu'on appelle le «parallélisme préemptif», une technologie qui augmente considérablement la fiabilité de la machine puisqu'elle permet à tout moment à l'usager d'interrompre un programme planté pour reprendre le contrôle. Résultat: Apple n'a pas réussi à s'imposer dans le monde des serveurs, contrairement à Microsoft qui, avec la version NT de Windows, équipe la majorité des gestionnaires de courrier électronique et des sites Web de la planète.

Pour combler ce retard, la firme de Cupertino vient de lancer Mac OS X Server, une plate-forme destinée aux serveurs d'entreprise, basée sur un noyau Unix (le système d'exploitation réputé comme l'un des plus fiables de l'industrie). La version grand public de Mac OS X sera disponible au début de l'an prochain, promet Apple. Ce produit, attendu depuis très longtemps, sera décisif pour le constructeur. S'il tient sa promesse et réussit à coupler l'élégance et la facilité d'utilisation du Mac avec la puissance d'Unix, il répondra aux besoins des usagers exaspérés par les écrans qui se figent malheureusement encore si souvent sur Macintosh.