Cinq ans d’existence, 50 milliards de téléchargements, plus de 900 000 applications disponibles… Les chiffres s’entrechoquent lorsque l’on évoque l’anniversaire de l’App Store, dont Apple célébrait la semaine passée les cinq ans. Le succès du magasin d’applications de la firme de Tim Cook est incontestable. Ce qui n’empêche pas Apple de devoir gérer, en parallèle à la concurrence grandissante de Google, d’autres soucis avec les autorités de la concurrence. Décryptage de l’envolée de l’App Store en cinq chiffres avec le regard de Marco Scheurer, l’un des directeurs de la société lausannoise Sente, spécialisée dans le développement d’applications. Cette société vient d’ailleurs de lancer une application «Sentiers» pour la marche.

900 000

900 000, c’est le nombre, approximatif, d’applications différentes disponibles sur le magasin d’Apple. Des quelques centaines de programmes proposés à son lancement, en passant par le cap des 3000 applications atteint en septembre 2008, le magasin a vu son offre augmenter de manière exponentielle. L’App Store n’est pas le magasin le mieux achalandé, puisque, côté quantité, il est devancé par le Play Store de Google, qui revendique quelque 975 000 applications, loin, très loin devant les magasins de Microsoft et BlackBerry, au sein desquels sont disponibles moins de 200 000 programmes.

Est-il aisé de développer sur toutes les plateformes? «Il est nettement plus facile de créer des applications sur iOS [ndlr: le système d’Apple]; les outils de développement sont beaucoup plus évolués, car si l’iPhone existe depuis cinq ans, le système derrière a plus de 20 ans, car Apple l’avait acquis en rachetant Next», estime Marco Scheurer. Et de poursuivre: «Avec Android, le souci est que tous les fabricants de téléphones font des modifications de l’interface; dès lors, lorsqu’un patch de sécurité est diffusé, il a très peu de chances d’atteindre les utilisateurs, car les fabricants de smartphones ont souvent deux à trois générations de retard lors des mises à jour sur Android.»

Marco Scheurer fait par ailleurs remarquer qu’«il n’y a pas de demande pour des applications Windows ou BlackBerry».

579 000

579 000, c’est le nombre de «zombies» qui peupleraient l’App Store, selon la société de recherche Adeven. Cette firme définit comme zombie des applications qui n’apparaissent dans aucun des hit-parades d’Apple, et qui du coup ne seraient presque jamais téléchargées. Faux, estime Apple, selon lequel 90% des applications ont été téléchargées au moins une fois durant le mois précédent. Une chose est sûre: il devient de plus en plus difficile pour les applications d’obtenir une vitrine – Apple serait en train de travailler sur une nouvelle façon de les promouvoir.

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0, comme le prix que «paient» de nombreux utilisateurs de l’App Store. Environ 58% des applications sont gratuites sur le magasin d’Apple, 30% coûtant 99 cents, selon une estimation du site d’information 148 Apps. La proportion de programmes gratuits serait plus grande encore sur le Play Store. Pour les développeurs, l’App Store serait-il plus attractif? «Les parts de marché de l’iPhone sont très élevées en Suisse, il y a du coup un peu moins d’intérêt à développer sur Android, même si cette plateforme progresse, estime Marco Scheurer. Il est aussi très difficile de gagner de l’argent avec Android autrement qu’avec des publicités insérées dans les applications, car j’ai l’impression que la majorité des acquéreurs d’un smartphone Android s’attendent à ce que tout soit gratuit – peu sont en tout cas prêts à payer pour des applications.»

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10 milliards, c’est le montant reversé en cinq ans aux développeurs d’applications par Apple. La société, comme Google, prélève une commission de 30% sur toute vente et verse 70% aux éditeurs de programmes. Mais tous ne touchent pas le jackpot, et de loin. Fin 2012, selon une étude de la société de recherche Canalys, 25 éditeurs d’applications engrangeaient plus de 50% des revenus générés tant par les applications payantes que par les achats au sein des programmes. Toujours selon Canalys, 74% de l’argent dépensé par les consommateurs l’est sur l’App Store, les autres plateformes se contentant de miettes.

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Revenons sur ce chiffre de 30% de commission, qui lie les développeurs à Apple. La semaine passée, l’Autorité de la concurrence française a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour s’intéresser au fait qu’Apple impose aux développeurs de passer par son magasin pour toucher leurs utilisateurs. La firme de Tim Cook n’est pas la seule visée, Google étant aussi dans le collimateur des autorités de la concurrence.