La justice britannique a commencé à examiner lundi matin la demande d’extradition du fondateur du site WikiLeaks Julian Assange, formulée par la Suède dans le cadre d’une enquête pour agression sexuelle.

L’audience, qui doit durer 48 heures, a débuté peu après 10h devant le Tribunal de Belmarsh, dans l’est de Londres. Le juge a autorisé les nombreux représentants de la presse présents dans la salle à twitter.

Vêtu d’un duffle-coat gris à capuche, l’Australien, âgé de 39 ans, qui en est à sa cinquième comparution devant la justice britannique depuis son arrestation le 7 décembre à Londres, était arrivé 45 minutes avant le début de l’audience, en compagnie de ses avocats. Il n’a pas fait de déclaration, se contentant de saluer d’un geste de la main les journalistes.

Mais son avocat britannique, Mark Stephens, a procédé à la mise en ligne dès le début de l’audience de l’ensemble des arguments de la défense, un geste exceptionnel.

Assange nie farouchement les accusations d’agression sexuelle formulées contre lui par deux jeunes femmes en Suède, une affaire indépendante des remous provoqués par la publication par WikiLeaks de milliers de documents officiels, fort embarrassants pour de nombreux gouvernements.

Les avocats d’Assange mettent notamment en avant le fait que le mandat d’arrêt n’est pas recevable dans la mesure où la justice suédoise veut simplement l’entendre et qu’Assange n’a pas été inculpé. La défense fait aussi valoir qu’il y a un «risque réel» qu’une fois extradé en Suède, le fondateur de WikiLeaks soit envoyé aux Etats-Unis où il pourrait, selon elle, être interné sur la base de Guantanamo, voire condamné à mort. Elle avance ainsi qu’une extradition contreviendrait à la Convention européenne des droits de l’homme.

La justice américaine a ouvert une enquête contre le fondateur de WikiLeaks, qui a aussi publié l’an dernier des rapports de l’armée américaine sur les guerres en Afghanistan et en Irak. Mais elle ne l’a pas officiellement inculpé et n’a pas demandé son extradition.

Les avocats d’Assange avaient déjà publié sur Internet, lors de l’audience préliminaire devant la justice, mi-janvier, l’ossature de l’argumentaire qu’ils comptaient développer pour contrer le mandat d’arrêt, accusant la justice suédoise d’«abus de droit» et de «comportement malhonnête».

Dans un rapport de police confidentiel divulgué sur Internet, l’une des femmes qui a porté plainte contre l’Australien raconte, par le menu, un rapport sexuel initié, selon elle, par Julian Assange alors qu’elle dormait et pour lequel il aurait refusé de mettre un préservatif.

La décision du juge sur l’extradition d’Assange est importante, mais en cas de feu vert à l’extradition, l’Australien disposerait de nombreuses possibilités de recours, et la procédure pourrait prendre au final plusieurs mois.

Julian Assange vit actuellement en résidence surveillée dans la propriété cossue d’un de ses amis, à 200 km au nord-est de Londres. Il est soumis à un couvre-feu, porte un bracelet électronique et doit pointer tous les jours auprès de la police.

Ces conditions ont été assouplies pendant 48 heures afin de lui permettre de résider à Londres pour pouvoir assister aux audiences.

Plusieurs personnalités, dont la Britannique Jemima Khan, égérie de mode et ambassadrice de l’Unicef (Fonds des Nations unies pour l’enfance), ont annoncé leur participation à une manifestation de soutien au fondateur de WikiLeaks pendant sa comparution.