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Attentat déjoué: la France dit son exaspération

Le mot dièse #AttentatEglise fédère une France qui se sent profondément bafouée et trompée

Un jeune Algérien de 24 ans arrêté à Paris parce que soupçonné de préparer un attentat contre une église et d’avoir assassiné une femme: la France est plongée, une fois de plus, dans la consternation. Une consternation qui monte d’un cran, et c’est le premier ministre, Manuel Valls, qui pointe l’endroit exact du curseur: «En janvier, c’est la liberté d’expression, les forces de l’ordre, les Français juifs qui ont été visés. Cette fois-ci sans doute c’étaient les chrétiens, les catholiques de France, pour la première fois.»

Les «chrétiens, les catholiques de France»: les mots claquent, les réseaux les figent en autant de mots clés et de hashtags qui ­manifestent la sidération. Les premiers de ces mots dièse sont les plus immédiats: #attentat, #déjoué.

C’est le premier degré, l’instantanéité de l’information. Celui qui nous interpelle en revanche agrège la nouveauté: #AttentatEglise. Parcourir les milliers de tweets qui l’adoptent comme étendard permet de mesurer la profondeur du frémissement et tout le spectre des réalités qu’il fédère. Il y a d’abord, bien sûr, la réponse des catholiques militants, l’abbé Grosjean en tête: «La meilleure réponse aux terroristes? Que les églises soient pleines ce dimanche! #AttentatEglise.»

Et puis, très vite, à mesure que les informations tombent sur le parcours et la personnalité du suspect, il y a ces petites déflagrations que les idéalistes préféreront ne pas voir: «Le gars était fiché, venu en France grâce au regroupement familial, boursier, logement crous et voulait tuer des chrétiens. #attentateglise.»

«Le «nik la France» a quand même appelé le SAMU. Pour un djihad 100% sécu, n’oubliez pas votre carte vitale», poursuit un deuxième internaute.

Tandis que cette autre commente ironique: «Sans nationalité, l’Algérien Ahmed G […] avait: bourse, logement Crous, étude gratos. Le Français, cet ISLAMOPHOBE.»

Toujours dans la même veine grinçante, un dénommé Franck Guiot enfonce le clou: «Hausse vertigineuse des ventes de #Padamalgam aujourdhui! #AttentatEglise.»

Et enfin, ce commentaire: «Le terroriste était théoriquement expulsable, il serait temps de passer de la théorie à la pratique. #AttentatEglise.»

A quoi semble répondre par avance Marion Maréchal Le Pen: «Sid Ahmed G […], un islamiste de plus que la #CEDH nous interdira d’expulser… #AttentatEglise.»

Suivant où l’on se situe sur l’échiquier politique, ces commentaires paraîtront insoutenables. On aurait tort, cependant, de les rejeter d’un revers de main: ils expriment l’exaspération croissante d’une population française qui sent sa politique d’accueil instrumentalisée, bafouée et trompée.