Beyond: Two Souls

Au-delà du jeu

Testé sur PS3

Ceci est-il encore un jeu? En magasin, on trouvera «Beyond: Two Souls» sur les mêmes gondoles que le reste de la production pour consoles. Mais on est pourtant là dans une expérience qui s’échappe sensiblement de ce que l’on a connu jusqu’ici, à la confluence du jeu de rôle, du film, et de la réflexion sur les possibilités narratives.

Plantons le décor en quelques lignes. «Beyond: Two Souls» vous permet d’incarner une demoiselle prénommée Jodie. Or, cette fille a un problème: elle vit et communique avec une entité spectrale qu’elle a baptisée Aiden, présence muette, à la fois serviable et inquiétante, qui offre à Jodie de posséder le don de télékinésie, ou celui de voir ce qui se passe de l’autre côté des murs. Les concepteurs de Quantic Dream, qui avaient déjà réalisé l’excellent «Heavy Rain», vous convient à suivre, en une chronologie complètement éclatée, l’apprentissage fantômatique de Jodie, depuis sa plus tendre enfance jusqu’à son embauche par la CIA.

Jodie est l’héroïne du titre, mais c’est vous qui êtes le héros de cette histoire. De fait, c’est bien à ce genre de jeu que se réfère «Beyond: Two Souls», plutôt qu’à un jeu de rôle stricto sensu. Dans ce dernier, le choix que l’on fait entre plusieurs ramifications stylistiques est la majeure partie du temps conditionné par la réussite ou l’échec à certaines épreuves. Rien (ou presque) de tel ici: il suffit de choisir là où l’on veut aller. Ce sera une frustration pour les «hardcore gamers»: car cette totale liberté est aussi la résultante d’un gameplay particulier, qui évacue presque complètement la notion de défaite. Pour le dire autrement: «Beyond: Two Souls» est un jeu très (trop?) facile.

Ceci n’enlève rien à l’impression de complétude qui se dégage de l’objet: il est rare de pouvoir suivre, et surtout de pouvoir diriger la maturation psychologique d’un personnage. Ici, ce parti-pris presque parental est l’un des atouts majeurs de l’expérience. Et puis, il y a l’univers de cette histoire: très dans l’air du temps, ce mélange de paranormal et de conspirationnisme se déploie dans des trames narratives complexes, tour à tour haletantes ou poétiques. On ajoutera que la réalisation est ici aux petits oignons, principalement soutenue par les performances en «motion capture» d’Ellen Page et Willem Dafoe (rien que ça), qui incarnent les personnages principaux. «Beyond: Two Souls» est un objet à part, peut-être un nouveau départ.

Note: 4,5 sur 5

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