Wazem, le dessinateur genevois qui vient de se tailler un réel succès au festival d'Angoulême avec ses deux derniers albums de bande dessinée, décline l'amour sur les murs de Genève et sur les badges de la Saint-Valentin vendus par la Fondation Cap Loisirs. Cette récolte de fonds est destinée à la prise en charge et à l'encadrement des activités de loisirs et de vacances pour les handicapés, enfants et adultes, organisées par la fondation. Depuis sept ans, celle-ci fait appel à des auteurs de bande dessinée locaux pour illustrer ses campagnes.

Une tradition genevoise

Cap Loisirs perpétue ainsi cette tradition très genevoise de communication visuelle à travers la BD, déjà illustrée dans le domaine social par la très remarquée campagne du Centre social protestant, entre 1988 et 1992. «Je suis sensible à l'art, peignant un peu, et comme Français, j'ai été très frappé en arrivant à Genève par la beauté d'un certain nombre d'affiches BD, se souvient Joseph Lombardi, animateur de Cap Loisirs. Je n'avais jamais vu ça nulle part. J'ai donc contacté Gérald Poussin, dont la fresque de la Jonction m'avait impressionné, et nous avons décidé de créer des badges, en 1994. Faute de moyens, nous n'avions pu réaliser l'ensemble du projet qui prévoyait une complémentarité avec une affiche, mais ce prolongement est venu dès l'année suivante. En fait, je ne suis pas sensible à la bande dessinée elle-même, mais à son graphisme, à son écriture, et au lien direct que ces affiches ont avec la ville, la culture genevoise et ses artistes. C'est ce prolongement, cette association avec la vie culturelle locale qui m'intéressent et qui, j'en suis convaincu, contribuent au succès de nos collectes.»

Bon an mal an, Cap Loisirs récolte entre 50 000 et 60 000 francs avec la vente de ses badges par des bénévoles et par les boulangers de la ville, qui se sont associés à l'opération. Cela lui permet d'étendre ses activités, notamment dans le domaine des camps d'été.

«Moi qui suis plutôt égoïste et préoccupé par des ambitions personnelles, je suis en admiration devant ce que les gens de Cap Loisirs offrent, de leur temps et de leurs compétences, souligne Wazem, qui succède à Poussin, Zep, Aloys, Exem, Schwizgebel et Tirabosco dans cette galerie d'images urbaines. J'ai réalisé mes dessins en cases, dans le but de relier cette campagne à mon travail. J'ai adopté un style frais et naïf, qui me semble en adéquation avec le thème de l'amour! J'ai été rémunéré à un tarif usuel, mais j'ai été invité à en reverser une partie sous forme de don, ce qui me paraît être une bonne façon d'impliquer l'artiste au lieu de le sous-payer au départ sous prétexte humanitaire.»

Les apprentis-boulangers du CEPTA, le centre d'apprentissage, ont pour leur part transposé en grand format et en chocolat les dessins de Wazem. Signe supplémentaire de la présence de la BD dans la cité de Töpffer: la camionnette de leur maître d'apprentissage, le boulanger François Wolfisberg, qui amenait les confiseries sur les lieux de la présentation de l'opération, est décorée en permanence de dessins réalisés par Exem.

Les dessins de Wazem pour Cap Loisirs et leurs variations en chocolat sont exposés à la galerie Papiers Gras jusqu'au 17 mars (022/310 87 77).