Prendre le contrôle de l'empire Master Magic en rachetant ses actions et devenir le maître de Cashtown, c'est le but du jeu que l'Association suisse des banquiers vient de lancer sur cédérom. Au sein des Galaxies Unies, l'aventure commence lorsque le héros prend les rênes de la société Céleste Inc., en difficulté depuis que son concurrent détient la majorité du marché grâce à des détournements d'argent.

En répondant correctement aux questions économiques et financières qui jonchent son parcours («Quelle est la différence entre un crédit et une hypothèque?» «Quels sont les dépenses principales de l'Etat?» «Quelle est la taille du PIB?»), le joueur accumule le cash dont il a un urgent besoin. C'est bien sûr dans la banque de Cashtown que le héros trouvera les renseignements nécessaires pour placer judicieusement son argent et faire fructifier ses affaires… Bien que fictif, le jeu défend sans retenue un modèle économique sans pitié et malheureusement souvent réel: la kiosquière de la ville va jusqu'à conseiller par exemple au jeune patron de licencier une secrétaire «qui fouille dans les affaires».

«Il fallait rompre avec les manuels vieillots, explique Silvia Matile-Steiner, porte-parole de l'Association suisse des banquiers (ASB). Ce moyen moderne montre de manière ludique le rôle des banques dans notre économie.» Jusqu'ici, la «pédagogie bancaire» se résumait en effet à une pile de brochures fastidieuses, même si, en Suisse alémanique, l'ASB avait réalisé au début des années 90 une série télévisée censée familiariser les jeunes avec les banques, à travers l'histoire d'une bande qui décide de monter un restaurant.

L'«aventure galactique sur fond d'argent et de réussite», comme le stipule le sous-titre de Cashtown, a été réalisée avec talent par la société Falcomedia de Baar. Le public cible (les jeunes de 16 à 24 ans) sera sans doute sensible à un graphisme original – alors qu'on aurait pu craindre un look «costard Spengler» très bancaire, les personnages affichent un vrai côté cybergrunge – couplé à une bande son entraînante. «Nous avons travaillé avec la société Polytrop pour les animations et le graphisme», explique Peter Bohny, qui a dirigé le projet chez Falcomedia. Un groupe de travail de l'ASB, constitué de plusieurs banquiers, a assuré la cohérence du contenu.

«Cashtown n'est pas une simulation économique réaliste, poursuit Peter Bohny. L'objectif consiste à enseigner comment prendre les bonnes décisions pour gérer une entreprise et faire de la publicité.» Si le jeu n'a aucun lien direct avec le milieu bancaire helvétique, la plupart des questions portent sur l'économie suisse. Le héros doit faire preuve d'une patience qui évoque les files devant les guichets, puisque les concepteurs estiment qu'il faut près de 16 heures pour terminer l'aventure.

L'ASB a investi un million de francs pour cette réalisation, qui a nécessité près de deux ans de travail. Vendu 20 francs (+5 pour les frais de port), le cédérom se commande par Internet (www.cashtown.ch) ou s'achète directement dans presque toutes les banques. «C'est un prix symbolique qui couvre juste les frais de distribution, explique la porte-parole de l'ASB. Nous avons consacré une portion importante de notre budget communications des deux dernières années pour mener à bien ce projet.» Dix mille exemplaires du CD sont sortis de presse, dont 2000 en français. «Nous espérons que les écoles s'y intéresseront», poursuit Silvia Matile-Steiner. Seul problème, une grande partie des établissements scolaires suisses possèdent des Macintosh et Cashtown n'est compatible qu'avec les PC Windows. «En fonction de la demande, nous produirons d'autres versions», assure-t-elle.

Polis et sympas, les banquiers de Cashtown ne conseillent pas seulement le joueur mais, et c'est peut-être là l'aspect le plus «virtuel» du jeu, ils lui prêtent très facilement de l'argent. S'agit-il là de donner une vision «cool» et un rien idéaliste des banques suisses? «Nous voulons seulement montrer qu'un jeune qui présente une bonne idée et écoute les conseils de sa banque a toutes les chances de succès», se défend Silvia Matile-Steiner.

Les jeux pédagogiques d'une telle qualité et produits entièrement en Suisse sont extrêmement rares. Preuve qu'il suffit de sortir l'argent des banques pour réveiller la créativité des Suisses en matière d'informatique. C'est sans doute la plus importante leçon de ce cédérom pédagogique…