Il ne coûte rien mais va rapporter un pactole. Le fantasme de tout investisseur. David Beckham au Paris Saint-Germain, c’est zéro euro de transfert – fin de contrat au Los Angeles Galaxy – et des dizaines de millions attendus de retombées en marketing et marchandisage. Toujours bien mis, très fit à 37 ans, point n’est besoin de répéter à l’envi que le milieu de terrain anglais a endossé, depuis plus d’une décennie et son union avec la pop star Victoria Caroline «Posh Spice» Adams, le 4 juillet 1999, le statut de footballeur le plus glamour, le plus adulé et le plus rentable de la planète.

De là à assimiler la pige de cinq mois du dandy au PSG, moyennant un salaire de 3 millions d’euros entièrement reversé à des associations caritatives pour enfants – pas le moindre impôt au passage –, à une pure histoire de business, il y a une forte tentation. Qui serait réductrice. Car, par ce magnifique coup de pub, le foot découvre une dimension jamais explorée: celle qui consiste à rendre mondialement célèbre, grâce à une icône people, un club ne possédant pas l’ombre d’un palmarès sportif d’envergure.

Elaguons donc cette branche gros sous – elle a son importance – avant de décortiquer les raisons profondes qui ont poussé les richissimes propriétaires qataris du Paris SG, soit le fonds Qatar Sports Investments et son président Nasser al-Khelaifi, membre de la famille régnant sur l’émirat, à s’octroyer les services, pour les cinq prochains mois, du «Spice Boy».

Transféré une fois pour de l’argent au cours d’un périple de 20 ans – de Manchester United au Real Madrid en 2003, 35 millions d’euros afin de rejoindre les Galactiques de Florentino Pérez –, David Beckham avait renfloué les caisses des Merengue, en quatre saisons, à hauteur de 460 millions d’euros, via la vente de ses maillots (le No 23 en hommage à Michael Jordan, «la» légende du basketball), et de moult produits dérivés allant du slip au parfum. L’homme-sandwich avait déjà frappé lors des tournées de Manchester United en Asie, tournées qui viraient à l’hystérie collective et dont MU n’a jamais dévoilé les profits.

Avec le Los Angeles Galaxy, champion de Major League Soccer (MLS), il avait paraphé, à l’été 2007, un contrat de 6 ans lui garantissant un total de 100 millions de dollars de royalties sur le marketing, salaire non inclus. C’est dire si les patrons californiens s’attendaient – avec raison – à des recettes «annexes» colossales, juste sur le nom de Beckham.

L’idole des jeunes a beau gérer (selon une enquête du Sunday Times) une fortune personnelle de 200 millions d’euros, avoir gagné 46 millions de dollars en 2012 (Forbes), c’est-à-dire davantage que le quadruple Ballon d’or Lionel Messi ou que Cristiano Ronaldo, et signé, au fil du temps, de juteux contrats publicitaires avec Adidas, Evisu, Gillette, Marks & Spencer, Brylcreem, Emporio Armani, Pepsi, H&M, le beau gosse, gendre idéal sexy, fidèle et bon père de famille (quatre gosses), reverse toujours davantage qu’il ne perçoit. Un exemple: l’annonce de son arrivée dans la Ville Lumière, vendredi 1er février, a stimulé la vente de 250 000 tricots estampillés No 32 (encore «Air» Jordan, mais inversé), plus que l’Olympique Lyonnais n’en écoule en une année. Une simple mise en bouche.

Le fonds qatari peut, à l’évidence, se frotter les mains quant à l’impact pécuniaire de ce messie gratis. Or, l’Emirat s’en fiche. Ce qui l’intéresse est ailleurs. D’abord, dans une forme de réponse indirecte au récent éclatement du «Qatargate», ce scandale révélé le 29 janvier par France Football, soit «l’achat» de la Coupe du monde 2022, non seulement par de classiques enveloppes à des membres votants du comité exécutif de la FIFA, mais surtout via des contre-affaires se chiffrant en milliards d’euros (constructions de stades, de métros, de TGV) avec la France, négociées, dit le magazine, dans le bureau de l’ex-président de la République, Nicolas Sarkozy, et en présence de Michel Platini, manitou de l’UEFA et… membre votant à la FIFA.

Tout cela reste évidemment à prouver. N’empêche… Face à ce dégât d’image, le recrutement de «Becks» tombe à pic. Journaliste au Parisien, Arnaud Hermant n’a pas hésité à déclarer sur la chaîne d’infos France 24: «Je n’exclus pas que cela découle du «Qatargate». C’est une manière habile de restaurer la perception du pays en attirant le joueur le plus connu au monde. C’est un footballeur très sympa. Un gars simple et abordable. Ils prennent un mec qui a une image positive.»

Et même si son épouse, leurs trois fils et leur fille resteront à Londres, scolarité oblige – le Sun conseille néanmoins au néo-Parisien de «garder un peu d’argent de côté pour payer les notes de shopping de sa femme» –, celui qui a posé nu pour un magazine homo se suffit à lui-même: ouvert, tolérant, décomplexé. Un type bien, une aubaine en l’espèce.

Autre motif, d’apparence tordue. Selon Le Nouvel Observateur, «la venue de David Beckham au PSG doit aussi faire l’objet d’une lecture politique. Un mois après l’affaire Depardieu, elle détruit les arguments de l’UMP sur cette France qui n’attire plus les talents, et sert François Hollande». Précisément, on l’a vu, le Qatar tient beaucoup au plaisir du résident de l’Elysée et au savoir-faire industriel et technologique de l’Hexagone, en vue de 2022.

L’aspect sportif? Certes, il existe, au second plan. Dès le moment où le niveau de jeu de la Ligue 1 française n’est pas plus relevé que celui de la MLS américaine, «Becks», proche de la quarantaine, pourtant dans une forme à faire pâlir un jouvenceau bellâtre, foulera les pelouses 20 minutes par-ci, un quart d’heure par-là. Histoire de distiller, de son pied droit magique, ces coups francs et corners elliptiques dont lui seul a le secret. Des buts et des assists sur un plateau, que Zlatan Ibrahimovic lui-même devrait apprécier, s’il n’est pas complètement aveuglé par son ego.

Il y a aussi, au-dessus de tout le reste, l’apport psychologique de David Beckham. Contrairement aux apparences véhiculées par son côté people, son hygiène de vie est irréprochable, il a toujours été un professionnel exemplaire loué par ses coéquipiers et entraîneurs, que ce fût à Manchester United, au Real Madrid, à l’AC Milan, au Los Angeles Galaxy (716 matches au total, 127 goals), ou en sélection anglaise (115, 17). Décrit comme instable, soupe au lait, d’humeur imprévisible, le vestiaire parisien va profiter largement de ce modèle de stabilité psychique. Au point qu’on le voit bien «coach mental» du club, rôle qu’il a déjà interprété lors du Mondial 2010 où, blessé au tendon d’Achille, il fut retenu par Fabio Capello pour accompagner et motiver les Anglais. On est prêt à parier que, dans les entrailles du Parc-des-Princes, personne ne résistera à son influence, à son aura, qu’il distillera d’abord en 8e de finale de la Ligue des champions, match aller le 12 février à Valence. Car la «Coupe aux grandes oreilles», il l’a déjà secouée avec les Red Devils (1999) et presque remportée avec les Merengue. Son expérience de ces parties à très gros enjeu, en sous-sol ou à la lumière des projecteurs, peut s’avérer inestimable.

Nasser al-Khelaifi l’a dit et répété pas plus tard que dimanche à Stade 2: «Nous voulons gagner la Ligue des champions d’ici à trois ans.» Paroles qui sous-tendent – hypothèse – le dessein ultime de l’engagement de Beckham: succéder, au terme de sa pige de cinq mois, même augmentée d’une dernière saison en Arabie saoudite (Al-Nasr), à l’entraîneur italien Carlo Ancelotti, proprement honni par Al-Khelaifi pour cause de foot minimaliste, où la victoire par 1-0, sans envergure, sert de credo. Le patron, lui, veut du champagne, du spectacle, de la démesure, le public debout dans le stade. Un gai Paris!

Nasser al-Khelaifi avait engagé, de bonne foi, le Brésilien Leonardo (ex-AC Milan) comme directeur sportif. Lequel Leonardo a rameuté son pote Carlo Ancelotti (ex-AC Milan et Chelsea) au poste de coach. Bilan intermédiaire: le PSG patine en Ligue 1, a remporté un groupe facile en Ligue des champions avant de défier les redoutables Valenciens, et va se mesurer à l’Olympique de Marseille en Coupe de France. Février 2013, pas le bon mois pour caler.

Et si le malheur s’abat sur Paris, il existe un homme aux qualités indéniables pour en devenir l’entraîneur tout-puissant (moyennant un diplôme UEFA qui ne lui posera aucun souci): Beckham, David de son prénom. Un roi biblique.

Le foot découvre une nouvelle dimension:elle consiste à rendre mondialement célèbre, grâce à une icône people, un club sans palmarès