Le 4 février, la librairie virtuelle BOL (Books On Line) démarrait en force sur le marché européen. Cette opération de grande envergure lancée par le géant allemand Bertelsmann visait dans un premier temps la France (www.bol.fr, avec le soutien d'Havas) et l'Allemagne (www.bol.de). Depuis, BOL a déjà essaimé en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas. Et la Suisse? «Dès que l'on aura un volume de commandes assez important en Suisse, il n'est pas exclu que l'on introduise la possibilité d'obtenir l'expédition au tarif local», répond Fabrice Cavarretta, responsable de BOL France.

Car les Suisses peuvent bien évidemment déjà commander leurs livres chez BOL – ou auprès des nombreuses autres librairies virtuelles qui fleurissent sur Internet – mais les frais d'expédition sont importants. Il faut en effet compter une dizaine de francs suisses avec BOL, voire plus sur d'autres sites. «Mais dès que l'on commande deux livres, ça peut en valoir la peine», note Fabrice Cavarretta.

Après un peu plus de deux mois d'existence, les responsables de BOL ne publient encore aucun chiffre. «Je peux juste vous dire qu'au niveau européen, le lancement de BOL représente une opération d'environ 300 millions de dollars, indique le patron de BOL France. Le démarrage s'est très bien passé et nous sommes en train de monter en puissance. Actuellement, un tiers de nos visiteurs viennent de l'étranger, notamment des Etats-Unis, mais aussi de Suisse. Par ailleurs, nous sommes très heureux de constater que nous avons déjà des clients qui reviennent.»

Sur le marché des librairies en ligne en France, BOL n'est pas un pionnier. Des sites comme Alapage (www.alapage.com), Alibabook (www.alibabook.com), Clublivres (www.clublivres.com) ou Mille-feuilles (www.mille-feuilles.com) tentent déjà depuis quelques années ou quelques mois, avec plus ou moins de succès, de faire leur place au soleil du Web. Même la FNAC, le plus gros libraire français, s'y est mis (www.fnac.fr). Mais tous ces sites ont des ambitions modestes à côté de BOL. Ce nouveau géant arrive avec de tels moyens que ses concurrents ne peuvent rivaliser. BOL s'est ainsi assuré toute une série de partenariats soit avec des sites déjà très fréquentés (comme AOL ou Lycos) ainsi qu'avec des journaux (Libération).

«Par ailleurs, ajoute Fabrice Cavarretta, notre site se différencie de plusieurs manières de ses concurrents. Tout d'abord, notre base de données de 400 000 ouvrages est non seulement complète et juste mais elle est en plus couplée à un puissant moteur de recherche. D'autre part, nous proposons un contenu rédactionnel très riche, réalisé par notre propre équipe, avec des sélections, des critiques et des présentations. Enfin, nous offrons à nos clients un outil de personnalisation qui leur permet de créer leur propre profil d'utilisateur: une fois ce profil défini, le client se voit proposer, chaque fois qu'il vient nous voir, une sélection d'ouvrages choisis en fonction de ses critères.»

BOL aspire en fait à occuper en Europe la place que le célèbre site Amazon (www.amazon.com) s'est octroyée en quelques mois aux Etats-Unis. Amazon, créé en 1995, est une véritable success story dans le domaine du commerce électronique, même si la société, dont le titre flambe à la Bourse de New York, affiche toujours des pertes importantes. Amazon représente aujourd'hui 2% du marché de la vente du livre aux Etats-Unis et son chiffre d'affaires était l'an dernier d'environ 900 millions de francs suisses. La société revendique plus de 6 millions de clients titulaires d'un compte. Aux Etats-Unis, le principal concurrent d'Amazon est le site des librairies traditionnelles Barnes & Nobles (www.barnesandnoble. com), un site dont Bertelsmann (le créateur de BOL) a pris 50% du capital: «Nous allons collaborer avec eux, indique Fabrice Cavarretta. Nous proposons déjà à nos visiteurs un lien direct vers eux.»

Mais la situation du marché du livre en Europe n'a rien à voir avec celle qui prévaut outre-Atlantique. Si les prix pratiqués par Amazon sont environ 40% inférieurs à ceux des librairies classiques, en France, la loi Lang interdit aux libraires (même virtuels) des rabais supérieurs à 5%. «Selon nous, relève le patron de BOL France, le livre n'est pas un bien de consommation très cher et, donc, le prix n'est pas très important sur ce marché. Ce qui fait la différence, c'est le côté pratique de l'achat en ligne: on peut venir chez nous, même si l'on n'a pas le temps d'aller dans une librairie classique, si celle-ci est trop éloignée ou si ses horaires ne correspondent pas.»