Etonnante attitude des journalistes de la Radio Suisse Romande. Depuis l'ouverture du procès de René Osterwalder et de sa compagne, l'auditeur constate qu'ils continuent de parler à l'antenne de «René O.», alors même que l'ensemble des autres médias dévoile à longueur d'articles et de séquences le nom de famille de l'accusé. La RSR a-t-elle raison contre tout le monde ou est-elle particulièrement têtue? L'affaire n'est pas nouvelle, puisque la «publication», au sens large, des noms dans les affaires judiciaires constitue l'un des principaux casse-tête du métier. En principe, on rend public si la personne occupe une fonction considérée comme publique, en particulier politique. Mais le réel n'étant jamais simple, les choses se corsent lorsque le nom d'un particulier finit par être connu, ce qui ne manque pas d'arriver dans les grandes affaires. Les pesées d'arguments se multiplient alors au sein des rédactions, menées et éclairées par les spécialistes du domaine. Dans le cas du procès Osterwalder, l'obstination de la RSR paraît donc singulière, alors que le choix de la publication a été assumé par la plupart des médias helvétiques. Pratique d'autant plus surprenante dans le cas d'une radio, où la prononciation de «René O.», avec cette lettre abrupte sur laquelle il faut appuyer pour que l'auditeur comprenne, n'est guère radiophonique.

Déontologiquement parlant, la RSR a peut-être raison: mais face à une affaire aussi exceptionnelle, elle donne surtout l'impression de croire qu'elle constitue la seule source d'information de son public. Ce dont on peut douter.