France 2 célèbre ces jours les «50 ans» du journal télévisé français. Avec la tendresse nostalgique de circonstance, la machine TV expose ainsi, à l'instar de Lignes de vie dimanche soir, comment un «journalisme télévisuel» a lentement émergé en se libérant des carcans politiques et professionnels. Beau discours, mais qui oublie une composante majeure du phénomène: l'influence de la radio. Car c'est de journalisme «électronique» qu'il faudrait parler, cela dit sans focaliser sur le vecteur technique. La télévision n'a en effet pas connu les angoisses identitaires de la radio: quand cette technologie est apparue, il suffisait de reprendre ce que les stations de radio faisaient déjà. On a d'ailleurs parlé de «radio en images».

Aujourd'hui, dit-on, la TV a déployé ses qualités intrinsèques. Vraiment? Que le téléspectateur fasse deux expériences: allumer son poste à l'heure du JT sans le regarder, puis contempler l'écran en coupant le son. Démonstration: le journal sans commentaire, c'est un pur défilé d'images. L'abondance de plans prétextes, par exemple, ébranle cette idée d'un «langage TV». On peut très bien écouter l'info télévisuelle et se passer du décorum ordinaire. Et comme pour souligner cette ambivalence, trois pionniers de cette histoire «héroïque» de l'information télévisée sont aujourd'hui… dans des radios: Jean-Pierre Elkabach à Europe 1, Jean-Marie Cavada à la tête de Radio-France et Christine Ockrent à BFM.