Moment délicieux, comme cette tranche en offre souvent, lors du Souk de RSR-La Première du 21 mai dernier. En l'occurrence, une authentique scène de radio familiale. En ce jeudi de l'Ascension, les découvreurs attitrés de la culture sur les matinales de La Première se sont permis quelques caprices personnels, un jour où le taux d'écoute devait se révéler plutôt bas. D'ailleurs, au même instant, France-Inter abandonnait son Radiocom par manque d'auditeurs au téléphone.

Dans ce calme radiophonique général, le jeune soukeur Pierre-Philippe Cadert s'est donc mis en tête d'oser une apologie de Massive Attack. Il fait même diffuser un morceau de leur dernier album, sorti il y a à peine un mois – soit un délai particulièrement court pour La Première, d'ordinaire plus prudente en matière de musique.

Face à Georges Pop et Laurent Bonnard, ses aînés qui assument dans cette scène le rôle de pères censeurs, l'enthousiaste Cadert s'empêtre un brin dans ses concepts. Il jette trois idées par phrase, zappe allègrement du son de Bristol à l'expérimentation, puis lance l'expression «trip hop», qui vient encore brouiller l'exposé.

Goguenards, les deux paternels tentent de comprendre. Quoi, Bristol? De quel genre relève cette musique, au fait? Et c'est à la mode? Le jeune animateur se rattrape. Après quelques explications additionnelles, les générations se rejoignent. Au final, l'heure passe, il faut lancer l'Infopile et le benjamin remporte l'adhésion de ses aînés. Il a réussi son examen de passage.

Et la radio a joué ce matin-là pour l'auditeur, presque malgré elle, une très vieille histoire. Celle de l'enfant qui essaie de convaincre ses parents de la légitimité de ses goûts, sur le mode «Non mais, arrêtez de rigoler, c'est du sérieux». Un bel instant.